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Haïti
VIH/SIDA : polémiques sur des essais vaccinaux
22 octobre 2001 (Quotidien du Médecin)
PARIS, 22 octobre 2001 (Quotidien du Médecin)
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Des médecins haïtiens et l’association Migrants contre le SIDA (MCS) estiment que la population haïtienne sert de « cobaye » dans le cadre d’expérimentations de vaccins anti-VIH. Les centres qui mènent ces essais vaccinaux à Haïti, sous l’égide de l’Institut national américain de la Santé (NIH), répondent en faisant état de « la plus grande rigueur scientifique et éthique ».
Les Haïtiens sont-ils utilisés comme « cobayes » pour l’expérimentation de vaccins contre le SIDA, ainsi que deux associations, l’Union des médecins haïtiens (UMHA) et Migrants contre le SIDA (MCS), basée à Paris, l’insinuent ?
Depuis avril 2001, les centres Gheskio (Groupe haïtien d’étude du sarcome de Kaposi et des infections opportunistes), spécialisés dans la lutte contre le SIDA en Haïti, testent deux candidats vaccins préventifs contre le VIH, l’un, français, produit par le Laboratoire Aventis Pasteur, l’autre, américain, provenant du Laboratoire Vaxgen. Selon Aventis Pasteur, ces essais sont menés sous l’égide de l’Institut national de la santé américain (NIH) qui en assure « le management total, notamment le financement ». « Notre rôle se limite à fournir les candidats vaccins. C’est le NIH qui a établi le protocole relatif à ces essais », ajoute-t-on au sein du laboratoire. Précisons qu’il s’agit d’essais de phase 2, pratiqués auprès de la population des bidonvilles de Port-au-Prince (Haïti).
Un risque de discrimination ?
Alerté par l’UMHA sur les conditions de l’expérimentation, l’association MCS entretient la polémique, convaincue que les « règles d’éthique ne sont pas respectées » et que la population des bidonvilles « n’est pas objectivement informée » sur ces essais, notamment sur les risques qui y sont liés.
Le principal risque évoqué par Reda Sadki, porte-parole de MCS, porte sur « la discrimination dont la personne candidate à l’expérimentation peut faire l’objet ». « Cette personne ne sera pas infectée par le VIH, mais, à l’occasion d’un test, elle sera déclarée séropositive, avec tout ce que cela implique : problèmes d’assurance (comme partout d’ailleurs), mais encore problèmes spécifiques à ces pays-là. Il s’agit de pays où l’on demande des attestations de non-séropositivité pour des tas de choses », explique-t-il.
Reda Sadki évoque par ailleurs les « obligations, liées à toute expérimentation médicale, mais difficiles à assumer pour une population pauvre ». « Demandez à l’ANRS (Agence nationale pour la recherche contre le SIDA) si l’on recrute en France, dans le cadre des essais vaccinaux, des personnes en situation de grande précarité, analphabètes », ajoute-t-il. S’appuyant sur la Déclaration d’Helsinki, qui date de 1964 et pose les principes éthiques applicables à toutes les recherches médicales - son actualisation concernant le SIDA date d’octobre 2000, selon MCS -, l’association exige que « tous les participants aux essais aient accès aux antirétroviraux et aux méthodes diagnostiques ayant fait leurs preuves, au cas où ils seraient contaminés par le VIH, en raison de comportements à risque ».
Selon l’Union des médecins haïtiens, l’accès à ces médicaments n’est pas mentionné clairement dans le protocole. « Nous soutenons les efforts de l’humanité en vue de trouver une solution au problème du SIDA, un fléau faisant des ravages dans nos pays sous-développés. Mais nous redoutons l’utilisation de notre population comme cobaye par les grandes firmes étrangères. Le projet déjà entrepris en Haïti montre des écarts considérables aux normes d’éthique », indique Elysée Louissaint, président de l’UHMA. Dans les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, près de 1,8 million de personnes vivent avec le VIH/SIDA. Haïti est le pays du monde dont le taux de prévalence, 5 %, est le plus élevé hors de l’Afrique subsaharienne.
Face aux attaques des associations, le directeur des centres Gheskio, le Pr Jean Williams Pape, qui est également professeur à l’université Cornell de New York, garantit que les essais de vaccins sont effectués avec « la plus grande rigueur scientifique et éthique » et que « le choix de se lancer à la recherche d’un vaccin efficace » pour combattre l’épidémie qui frappe le pays est fondée « sur la difficulté des nations en développement, malgré la récente réduction de leur coût ».
Selon le Pr Pape, les « volontaires » haïtiens « ont été pleinement informés des différents aspects de l’étude et ont donné leur consentement éclairé ». Le médecin a encore précisé que le projet vaccinal avait notamment « reçu l’aval d’agences internationales telles que l’ONUSIDA et que des institutions de supervision indépendantes du Gheskio viennent tous les trois mois évaluer les activités du centre et vérifier si toutes les normes scientifiques et éthiques sont respectées ».
Anne-Marie GAUDIN