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Haïti | Vaccin préventif
Haïti : volontaires, de gré ou de force
13 novembre 2001 (Jeune Afrique/L’Intelligent)
PARIS, 13 novembre 2001 (Jeune Afrique/L’Intelligent)
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Haïti : essais de vaccins et néo-colonialisme
Sida. Polémique autour de deux vaccins testés à Haïti. Les cobayes sont-ils « pleinement consentents » ?
par Juliette Bastin
Livret d’information sur le sida pour volontaires haïtiens. Le petit garçon dit : « Le virus du sida est très malin, il faut que nous le soyons encore plus. » L’infirmière répond : « Préparons-lui un piège... UN VACCIN ! » |
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Le test HIVNET 026 est mené sous l’égide du National Institutes of Health (NIH) américain, qui assure gestion et financement, et désigne l’organisme médical choisi pour mener à bien ce projet. À Haïti, c’est au Groupe haïtien d’études du sarcome de Kaposi et des infections opportunistes (Gheskio), que cette responsabilité a incombé. À sa tête, Jean William Pape, diplômé du Cornell Medical College, de New York, qui fait autorité dans son pays. L’Umha lui reproche d’utiliser comme cobaye une population « majoritairement analphabète et pauvre, qui n’est pas en mesure de comprendre formellement les données de l’essai ».
Les seminaires de formation et le Conseil consultatif communautaire (CAB), chargé de transmettre l’information à la population, suffisent-ils à dispenser les notions essentielles à des personnes dont le background médical est inexistant ? Tout se passe comme s’il y avait deux formes de campagnes, selon que les « volontaires » sont issus de pays développés ou en développement. Organisés en Europe ou aux Etats-Unis, ces essais sont rigoureusement cadrés par une législation sans faille, qui oblige notamment une parfaite conscience des volontaires, choisis dans une population non à risque, après test médicaux et psychologiques, un suivi médical à long terme avec accès aux soins, et une grasse rémunération. La loi américaine stipule d’ailleurs que « aucune pression ne peut être exercée, le volontaire doit être pleinement consentant, informé et doit avoir accès aux meilleurs soins possibles pendant et après l’essai ».
Autant de points non respectés dans les pays en développement, ce qui permet des campagnes vaccinales à moindres frais. Le choix de personnes sans ressources, motivées par l’appât de très maigres bénéfices, semble indiquer que la déontologie n’a pas franchi les frontières. Udo Schuklenk, éthiciste, rappelle pourtant que « dans le monde médical, la référence est la déclaration d’Helsinki ». Celle-ci stipule que « dans la recherche médicale sur les sujets humains, les intérêts de la science et de la société ne doivent jamais prévaloir sur le bien-être du sujet ». Ce n’est pas du tout le cas à Port-au-Prince. Sur la brochure fournie aux volontaires, il n’est pas indiqué clairement s’ils bénéficieront de soins en cas de contamination. Seule précision : prendre garde à ne pas être infecté par le VIH au cours des test...
La question s’était déjà posée au début de 2000 après la parution de livre du Britannique Edward Hooper, selon lequel l’épidémie du sida avait pour origine des essais vaccinaux réalisés dans les années cinquante, en Afrique centrale, sur des population non averties. Que l’histoire se répète, voilà ce que craint l’Umha. Car ces candidats vaccins ont été élaborees à partir du virus génétiquement modifié. Il ne semble présenter aucun risque, si ce n’est celui de rendre les volontaires « artificiellement » séropositifs. Ce que complète l’association Third World Network, spécialisée dans les biotechnologies. Un de ses biochimistes explique qu’il est « très dangereux de modifier et d’inoculer ces virus, car ils restent des organismes très instables, dont les possibilités de mutation ultérieure restent méconnues ». Mais dans un État extrêmement pauvre, sans réel système de prévention, et qui présente le plus fort taux de prévalence des Caraïbes, que représenteraient quarante séropositifs de plus ?