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Le Président Bouteflika en visite en France
15 juin 2000 (MRAP)
PARIS, 15 juin 2000 (MRAP)
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Le président de la République algérienne, Abdelaziz Bouteflika, est en visite d’Etat en France.
Le MRAP souhaite que cette visite soit une occasion de résister aux incitation ou manouvres racistes qui visent les Algériens en France. Certes des gens ont souffert au cours des conflits qui, de part et d’autre, les ont profondément meurtris, et ont parfois brisé des liens tissés. Mais les victimes innocentes ne sauraient justifier une impasse sur les responsabilités historiques. Le rappel du passé nous invite au respect de l’ Histoire et à ne jamais oublier que celle-ci a été faite de rapports de force et de domination.
La colonisation tout d’abord n’a quand même pas été une petite promenade civilisatrice. Jules Ferry avait bien annoncé au 19ème siècle que " la politique coloniale était la fille de la politique industrielle " ; au moment de son grand développement industriel, la France disposait, par ses colonies, d’un immense réservoir de matières premières et pouvait s’ouvrir des débouchés pour les produits qu’elle fabriquait. Elle en a largement profité, prenant appui, en particulier, sur ces institutions discriminatoires qu’étaient le code de l’indigénat et le travail forcé. Le succès de l’annexion des colonies et de leurs populations, était vécu comme un signe de grandeur par et pour la métropole. Avant tout.
Le Président Bouteflika se rend à Verdun pour s’incliner devant le sacrifice de plus de 70 000 Maghrébins et Africains tués pendant la Première guerre mondiale. Rappelons aussi que pour la libération de la France, l’Armée d’ Afrique qui, en 1944 et 1945, combattait aux côtés des Alliés pour la reconquête de notre pays, était composée à plus de 90 % d’Africains ; 150 000 Algériens furent mobilisés. Qu’en aurait-il été, sans eux, de la victoire pour la liberté ? Aujourd’hui les survivants ne touchent que des pensions d’anciens combattants dérisoires parce qu’ils ne sont pas ou plus français ; comme si leur sacrifice était dévalué !
Et pourtant ils sont les oubliés de l’histoire. L’amnésie autour de la guerre d’Algérie favorise le racisme anti-algérien, très vivace encore en France aujourd’hui. Triste réalité alimentée par une histoire non assumée. Malgré les efforts louables du gouvernement pour l’ouverture des archives, le MRAP déplore l’inégale attribution des dérogations pour l’accès aux sources, selon les chercheurs.
Quant aux petits-enfants qui, de nationalité française, vivent parmi nous, beaucoup sont exposés aux pires discriminations en matière d’emploi, de logement, de loisirs, en raison de leurs origines ; ces Français sont victimes du racisme, au même titre que les immigrés ; la non reconnaissance de leur citoyenneté provient du passé non assumé par nombre de Français.
Enfin l’Algérie, comme la plupart des pays du tiers-monde, est soumise au remboursement d’une dette inique. Depuis le début des années 1970, les pays industrialisés ont prêté à ces pays des crédits pour écouler leurs surplus. Il ne s’est pas agi d’aide au développement mais de se faire des clients en les endettant. En cours de route, les taux d’intérêt ont été majorés, et les remboursements l’ont été par conséquence, car la part des annuités non remboursées est jointe au capital. La plupart de ces pays ont maintenant des économies qui sont exsangues. La dette globale des pays endettés est ainsi passée de 839 milliards de $ en 1982 à 1 796 milliards en 1996 ; c’est ainsi que l’Algérie a déjà remboursé plusieurs fois le capital initial.
Compte tenu de ce passé, on comprend d’autant moins l’attitude discourtoise et inélégante de certains parlementaires qui refusent un appel à une réconciliation.
Comme la plupart des pays riches, la France doit reconnaître qu’elle a des dettes vis-à-vis des peuples anciennement colonisés, et singulièrement de l’ Algérie. Elle a des dettes vis-à-vis des Africains qui ont participé à la libération de son sol et de son peuple, elle a des dettes vis-à-vis des travailleurs qui ont construit son industrie et ses infrastructures ; elle doit annuler la dette financière injuste et facteur de sous-développement.
Le venue du Président Bouteflika est une invitation à dépasser les rancours et à rejeter les haines racistes, pour construire, enfin, de nouvelles solidarités entre nos peuples.
Paris, le jeudi 15 juin 2000