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Reda Sadki | Religions
« Les malades que vous aidez, comment ont-ils été contaminés ? » : quelques réflexions pour tordre le cou à une question vénimeuse
10 septembre 2002 (Migrants contre le sida)
PARIS, 10 septembre 2002 (Migrants contre le sida)
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Le 22 juin 2002, nous avons tenu le pari du rassemblement des familles arabes et africaines solidaires pour survivre au sida, pour sortir de l’ombre et dénoncer sur la place publique l’injustice de la mort évitable de nos frères et nos soeurs malades, ici et dans nos pays d’origine.
Le lendemain, un message parmi d’autres sur le répondeur de l’émission « Migrants contre le sida » : une jeune femme se présente en tant que musulmane, elle souhaite rendre visite aux personnes hospitalisées.
Un premier contact débouche sur quelques bribes d’informations forcément parcellaires : notre interlocutrice s’appelle Saliha, elle n’est pas séropo, elle est mal voyante, a perdu une proche atteinte du cancer, a travaillé dans un centre de soins pour toxicomanes. Un rendez-vous est pris pour lui présenter le travail du Collectif.
Pas grand monde ne s’intéresse au destin des séropositifs issus de l’immigration et de la banlieue. Au point où, entre nous, on parle des « oubliés de la maladie ». Pourtant, le sida frappe fort les communautés maghrébines et africaines. En France, sur 35 000 morts du sida, plus de 15 000 étaient des immigrés ou des enfants d’immigrés. En 2002, la plupart des gens qui meurent encore du sida sont d’origine arabe ou africaine. Pourtant, avec une trithérapie, il est aujourd’hui possible de vivre très longtemps, lorsque les conditions de vie permettent de se soigner dans la dignité.
Chaque fois que nous rendons visite à un camarade hospitalisé, force est de constater que presque tous les lits sont occupés par des Noirs et des Arabes. Pour les malades pauvres, l’hôpital est comme la prison un lieu d’enfermement, de dénigrement, d’humiliation et de violence. Malgré la fragilité du Collectif, malgré le fait que chacun d’entre nous doit s’occuper de sa propre survie quotidienne, nous travaillons sur un projet qui permettrait de porter des plats maghrébins aux malades d’un hôpital de la proche banlieue parisienne. La modestie de ce projet ne diminue pas notre conviction que nous sommes capables de le mener par nous-mêmes et pour nous-mêmes, avec toujours le même objectif : se donner individuellement les moyens de survivre au sida pour répondre collectivement aux besoins des malades les plus dans la galère.
J’explique cela à Saliha, qui me rétorque : « les malades que vous aidez, comment se sont-ils contaminés ? » Je connais cette question venimeuse, elle ne me fait pas peur. Parlons des modes de contamination : par le sperme (le sexe), par le sang (la seringue), ou de la mère à l’enfant. Je lui dis que je connais des mamans (et quelques pères), des frères et des soeurs, des enfants qui ont appris la séropositivité de leur proche et ne l’ont pas rejeté pour autant. Dans nos cultures, il y a une tradition et un devoir de solidarité avec les gens malades. On ne laisse pas crever quelqu’un qui est atteint d’une maladie, un point c’est tout.
Saliha veut me raconter des histoires. J’écoute attentivement. La première concerne un jeune toxicomane séropositif de la région parisienne qui, grâce à Dieu, serait devenu séronégatif après son départ en Afghanistan. Malheureusement, il serait tout de même mort quelques années plus tard. Saliha se crispe lorsque je lui parle de trithérapie : elle me déclare que ce ne sont pas les hommes qui décident de la vie ou de la mort.
J’engage la discussion sur l’islam : je lui parle d’un camarade séropo, qui fréquente une mosquée de la région parisienne. Je sais qu’une vingtaine de personnes concernées la fréquentent. L’imam fournit une aide financière et sociale pour ceux et celles qui en ont besoin. Ils s’y sentent reconnus et respectés. Je sais que pour ce camarade, la foi occupe une place centrale. Aussi, plusieurs fois à l’hôpital, j’ai discuté avec des hommes et des femmes, de tous âges, de toutes origines, qui avaient besoin d’un soutien religieux. D’où l’utilité d’avoir au sein du collectif des gens pouvant aider sur ce plan-là. Malheureusement, nous avons trop rarement compté parmi nous des gens qui s’identifient comme musulmans.
Saliha tente de justifier : « il faut comprendre les frères, l’homosexualité est proscrite en islam ».
Je n’ai pas parlé d’homosexualité. Je comprends donc mal pourquoi elle insiste là-dessus. Tout enfant d’immigrés mérite le respect lorsqu’il redresse la tête pour faire face à ce virus dans une société française qui vise à le réduire à néant. Moi, au sein du Collectif, j’ai appris à respecter les stratégies de résistance des homos d’origine maghrébine. L’affirmation de leur propre dignité, y compris face au racisme des homos blancs, sans rien renier de leur origine, ni leur religion lorsque ceux-ci étaient croyants ou pratiquants. C’est pareil pour ceux et celles qui ont affronté la seringue : l’injustice, l’oppression attisent la résistance dont le moteur est la fureur de vivre. Et les usagers de drogue, laissés-pour-compte, censés être voués à leur propre destruction, ont démontré de quoi ils étaient capables en apprenant les pratiques de réduction des risques de contamination.
En guise de conclusion, Saliha s’agace : elle veut me redire, sur un mode incantatoire, que seul Dieu décide de la vie ou de la mort.
Chaque matin, j’ouvre la porte de la chambre d’un ami, gravement malade, qui vit chez moi. Et je me pose la question : sera-t-il vivant ou mort ? Avec le Collectif, j’ai appris que je ne suis pas le seul à vivre cela.
Je décide que je n’ai pas besoin de Saliha pour me donner une leçon sur cette question.
Je demeure convaincu qu’une théologie de la survie individuelle et de la libération collective est nécessaire pour survivre au sida.
Reda Sadki
Cet article est un point de vue personnel et ne représente pas celui du Collectif ou de Migrants contre le sida. Une première version a été publié par la Lettre de Terres d’Europe, association musulmane, en vente à la librairie de l’IMA au prix de 1 euro 50 ou à commander au 01 46 34 70 29. Contact : Marc Cheb Sun.
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« Les malades que vous aidez, comment ont-ils été contaminés ? » : quelques réflexions pour tordre le cou à une question vénimeuse
Le messager d’Allah sws nous a ordonné de rendre visite aux gens malades et de les aidés et en aucun cas de les juger sur leurs acts(Allah est le seul juge supreme)Je souhaite chere Reda qu’Allah vous recompense pour votre oeuvre.
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« Les malades que vous aidez, comment ont-ils été contaminés ? » : quelques réflexions pour tordre le cou à une question vénimeuse
Je vous félicite. J’ai lu votre article à l’occasion d’une recherche sur le recours à la religion des malades et des familles en phase de maladie chronique. Il n’existe rien de plus honorable chez l’homme, à mon humble avis, que d’aimer un être humain, encore plus, parce qu’il est malade et parce qu’il a eu un comportement déviant ; car c’est justement lui qui a soif d’amour.
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« Les malades que vous aidez, comment ont-ils été contaminés ? » : quelques réflexions pour tordre le cou à une question vénimeuse
Bonjour Ferial, en dehors du fait que je suis assez d’accord avec votre message, je voudrais savoir si par hasard, vous auriez été au lycée ste ursule louise de bettignies de paris, bac 1982... Votre nom est semblable à celui de quelqu’un de ma classe de l’époque ! Si ce n’est pas ça, veuillez m’en excuser. Anne Sophie
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« Les malades que vous aidez, comment ont-ils été contaminés ? » : quelques réflexions pour tordre le cou à une question vénimeuse
Ma chere Anne-Sophie,
Quel Bonheur d’avoir de tes nouvelles !!! En effet, c’est bien moi mais cela aurait pu etre quelqu’un d’autre. Dis-moi, je ne suis pas sure cependant que ce soit toi Anne-Sophie d’ I de H... de S dans les bras de qui j’ai failli mourir plusieurs fois tellement j’ai ri... Si c’ etait le cas, tu vois bien que cela est bien utile de signer Ferial A...
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« Les malades que vous aidez, comment ont-ils été contaminés ? » : quelques réflexions pour tordre le cou à une question vénimeuse
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