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45ème Rencontre du CRIPS : la prévention du VIH avec les migrants
17 novembre 2001 (Crips-Cird Ile-de-France)
PARIS, 17 novembre 2001 (CRIPS)
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- 45ème Rencontre du CRIPS : intervention de Migrants contre le sida
- Le CRIPS et les malades immigrés : de la tergiversation à la déclaration de l’état d’urgence (1990-1998)
- Réunion du CRIPS : la prévention du VIH avec les migrants
- Ces chiffres nous appartiennent : l’Institut de veille sanitaire refuse de rencontrer les associations de malades immigrés
- En finir avec la hantise de la stigmatisation
- France. Quelle mobilisation des communautés immigrées face au sida ?
Les rencontres du CRIPS sont organisées avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales d’Ile-de-France.
Une rencontre animée par Abdon Goudjo, CRIPS
J’aimerais tout d’abord rappeler rapidement l’engagement du Crips en ce qui concerne les populations étrangères. Dès 1990, nous avons organisé la première rencontre concernant les migrants/personnes étrangères. Il y a eu un travail préliminaire effectué par Didier Guillemot et Didier Jayle pour initier une prévention auprès de cette population. Face à l’épidémie de VIH/sida au sein des populations migrantes d’Afrique subsaharienne, d’Haïti ou du Maghreb, nous savons tous ici que de nombreuses initiatives locales ont été menées.
Certes l’Etat a joué un rôle et Catherine Chardin de la DGS va nous présenter l’état des lieux à l’échelle nationale, ainsi que les perspectives concernant la prévention auprès des populations étrangères.
- Il y a eu l’action de l’Institut de médecine et d’épidémiologie africaine (IMEA) qui assure depuis maintenant 2 ans la formation de médiateurs de santé, celles des associations généralistes de lutte contre le sida, telles Sida info service (SIS) et sa ligne langues étrangères, Aides et ses pôles départementaux, Act Up et son travail de lobbying en matière d’accès aux soins des personnes étrangères ou sur les manques en matière de prévention, et bien sûr, le pôle Migrants / Afrique du Crips dont j’ai la responsabilité.
- Il y a aussi le travail des associations "communautaires" car à un moment il a bien fallu répondre de manière identitaire à des besoins spécifiques de prévention qui ont apporté un regard de proximité, à partir de codes sociaux, culturels qu’elles connaissent, qu’elles maîtrisent, et qu’elles ont développés. Une de ces initiatives sera présentée par Afrique Avenir.
- Enfin, il y a eu aussi les actions de communication à travers différents médias. C’est le travail de Migrants contre le sida que nous présentera Reda Sadki. Et un récent travail de BD comme Maïmouna de l’association IFAFE et qui, je l’espère, connaîtra à long terme le parcours de Moussa le Taximan.
Didier Jayle, directeur du CRIPS
Je ne vais pas remplacer tout à fait Florence Lot car je ne pourrai pas répondre à toutes vos questions. Derrière les chiffres, on imagine le malheur, les souffrances, qui touchent certains pays dans le monde et particulièrement l’Afrique subsaharienne.
Au 31 mars 2001, 51810 cas de sida avaient été déclarés en France depuis le début de l’épidémie. Parmi ces cas, 7 711 (15% du nombre total de cas, soit un pourcentage largement supérieur à celui de l’ensemble de la population étrangère vivant en France qui est de 5,57%) concernaient des personnes de nationalité étrangère.
Mais alors que chez les personnes de nationalité française on constate une diminution très nette du nombre de nouveaux cas qui sont passés de 4466 en 1995 à 1189 en 2000 grâce à la diffusion des antiprotéases, cette réduction a été moindre chez les personnes de nationalité étrangère. De 705 en 1995, le nombre de nouveaux cas de sida enregistrés dans cette communauté est, en effet, passé à 316 en 1998 et a même augmenté par la suite pour atteindre 450 en l’an 2000. Entre 1998 et 2000, le nombre de personnes originaires d’un pays d’Afrique subsaharienne (Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Mali et République Centrafricaine) a augmenté de 46% et celui des personnes orginaires du continent américain (Equateur, Guyane, Haïti, Surinam) de 54%.
Chez les personnes d’Afrique subsaharienne qui sont essentiellement domiciliées en région Ile-de-France (72%), le nombre de nouveaux cas reste stable chez les hommes (+4%) et l’augmentation touche principalement les femmes (+121% entre 1998 et 2000) dont la grande majorité (74%) ignorent leur séropositivité au moment du diagnostic. Chez les personnes originaires du continent américain, l’augmentation du nombre de cas concerne de façon assez comparable les hommes (+45%) et les femmes (+68%).
Outre les actions de prévention du Crips évoquées par Abdon Goudjo, je voudrais ajouter que nous avons récemmment créé une nouvelle publication destinée aux médecins, aux prescripteurs et aux associations qui s’appelle Transcriptase Sud. C’est un journal qui arrive au moment où la plupart des publications pour l’Afrique francophone (Sid’Alerte, Sid’Info, Sid’Afrique, Sida et Migration...) ont disparu. Il nous paraissait donc indispensable, alors que naissent les espoirs d’accès des médicaments en Afrique, d’avoir un support en français qui aide les prescripteurs et qui fasse part de nos expériences. Transcriptase Sud est envoyé gratuitement par e-mail à toutes les personnes qui en font la demande, ou en version papier sur abonnement payant (4000 FCFA, soit 6 Euros par an pour 4 numéros). Ce n’est donc pas une opération à but lucratif. Le dernier numéro est sorti pour la Conférence de Ouagadougou. C’est aussi l’occasion d’échanger sur le sida en Afrique et sur la façon dont les migrants qui habitent en France et en Ile-de-France sont pris en charge, et l’occasion d’un échange entre les associations.
Catherine Chardin, chargée de mission, DGS
On m’avait demandé de présenter l’enveloppe budgétaire allouée par la DGS à la prévention du VIH en direction des populations étrangères et migrantes mais je voudrais aussi profiter de l’opportunité de cette rencontre pour évoquer les grandes lignes du projet de programme d’action pour 2001-2004 qu’on est en train de soumettre à discussion. Un plan de stratégies prioritaires de prévention de l’infection VIH/sida en France pour les années 2001-2004 vient d’être élaboré en concertation avec le secteur associatif et le secteur institutionnel. Il est important de resituer les actions dites "spécifiques population étrangère et migrants" dans un contexte général, parce qu’il est également très important que les populations étrangères et migrantes puissent intervenir sur les programmes d’action qui ne sont pas des programmes d’actions spécifiques, aussi bien sur les programmes d’action "tout public", que sur les programmes plus ciblés vers les "populations prioritaires", à l’intérieur desquelless on retrouve évidemment une partie de la population étrangère et de la population migrante.
Les groupes définis comme "prioritaires" dans le plan de stratégies 2001-2004 sont les personnes qui vivent dans les départements français d’Amérique (DFA), les personnes migrantes, les personnes séropositives, les personnes homosexuelles et les usagers de drogues.
Un certain nombre de situations de vulnérabilité vis-à-vis du VIH ont également été listées : les pratiques sexuelles anonymes ou de groupe, la prison, les institutions psychiatriques et les activités de prostitution. Des personnes et des situations pour lesquelles nous sommes invités à décliner des programmes d’actions prioritaires sur les 3 années à venir.
En ce qui concerne les chiffres, 6 millions de francs ont été attribués en 2000 à ce type d’actions dans 22 départements, 3,3 millions de francs ont été alloués en 2001 à des actions conduites à l’échelon national auprès des migrants. Pour 2002, il semblerait qu’on ait une enveloppe budgétaire un peu plus faible.
Au niveau des crédits de communication gérés en partenariat avec le Comité français d’éducation pour la santé (CFES), 4,2 millions de francs ont été flêchés sur des actions spécifiques en direction des migrants. Soit un total de 13,5 millions de francs consacrés en 2001 à des actions spécifiques VIH en direction des populations étrangères. Bien entendu, ce ne sont pas les seules actions qui touchent ces populations, mais on n’a pas de budgets analytiques qui extraient des actions de prise en charge à domicile ou d’hébergement thérapeutique, la part concernant les populations étrangères ou migrantes. Pour vous donner une idée du volume global, le budget total des crédits d’Etat VIH pour l’année 2001, était de 419 millions de francs, en dehors du secteur hospitalier et de la sécurité sociale.
En ce qui concerne les modalités de demande de subvention, depuis 1995, ces demandes doivent être présentées aux DDASS, puisque la gestion des crédits d’Etat est entièrement déconcentrée. Mais l’utilisation de ces crédits se fait à partir de recommandations qui sont élaborées au niveau national, et c’est en partie la fonction du programme d’action que je vais vous présenter.
L’objectif général du programme d’actions nationales VIH concernant les populations étrangères et migrantes pour 2001-2004 est d’améliorer l’accès à la prévention et aux soins précoces et de réduire les inégalités d’incidence existant entre cette population et la population française. Des objectifs réalistes, mais pour les atteindre, il faut une mobilisation beaucoup plus forte des acteurs aussi bien institutionnels qu’associatifs que celle qui existe actuellement.
La fonction de ce programme, c’est justement de convaincre les responsables politiques que des possibilités existent pour améliorer la situation actuelle en matière de santé publique.
Sa deuxième fonction, c’est de convaincre aussi bien les services de l’Etat au niveau local que les collectivités territoriales et les municipalités, qu’il est important de soutenir les actions visant à améliorer l’accès à la prévention et aux soins des populations étrangères, mais aussi de les dynamiser ou de les impulser.
Sa troisième fonction, c’est de conforter les acteurs locaux qui mènent, souvent à petite échelle et parfois de manière quasi confidentielle, des actions extrêmement intéressantes qui méritent vraiment d’être développées. Montrer qu’une série de petites actions comme celles-là existent et qu’elles ont un effet réel sur l’amélioration de l’accès de la population étrangère à la prévention et aux soins, c’est aussi essayer de réduire les différences d’incidence qui existent.
Je vais présenter brièvement les axes de ce programme d’actions.
Tout d’abord, améliorer l’accès à l’information en matière de prévention primaire et secondaire, avec un accent particulier pour les femmes étrangères.
Et pour ce faire :
- accroître la visibilité dans les campagnes de communication tout public, de la diversité de la population et donc la représentation des personnes étrangères ou d’origine étrangère dans ces campagnes ;
- développer les méthodologies d’action communautaire avec une volonté de démultiplier les émetteurs d’information ;
- créer des espaces de dialogue et de concertation des populations étrangères avec les responsables sanitaires, sociaux et administratifs ;
- élargir les actions de prévention à un cadre d’accès aux soins et d’information plus large que le VIH/sida strico sensu, notamment sur l’ensemble des risques liés à la sexualité ;
- développper l’information sur le VIH et le dépistage dans les services hospitaliers et dans tous les lieux de soins (PMI...) où les populations étrangères se rendent plus fréquemment que dans les lieux spécialisés VIH ;
- faire ces actions de manière différenciée pour ce qui concerne les hommes et les femmes en tenant compte des représentations sociales et de la fonction dans une trajectoire d’immigration.
Deux derniers axes essentiels de ce programme d’actions :
- améliorer et simplifier l’accès effectif aux droits sociaux connexes de l’accès aux soins : simplifier toutes les pratiques administratives d’accès aux droits avec la loi sur l’accès au titre de séjour et de travail pour les personnes malades ; l’accès effectif à la protection sociale (CMU* et aide médicale) ; la lutte contre les pratiques discriminatoires avec nécessité de renforcer l’information sur les principes éthiques et de santé publique, pas seulement dans un cadre de soins d’urgence, afin qu’il n’y ait plus d’obstacles administratifs à l’accès à la prévention et aux soins pour tous.
- améliorer la connaissance de la situation épidémiologique vis-à-vis du VIH/sida et des MST et plus largement de l’état de santé des migrants, avec un recensement des données existantes et des données qui manquent en favorisant les travaux de recherche.
Questions de la salle (1)
Florence de Gramont, association Emmaüs
Je voudrais insister sur la fonction des associations généralistes puisque vous avez parlé de la nécessité des spécificités d’accueil pour les personnes migrantes. A Emmaüs, depuis 3 ans, les personnes étrangères sont passées de 20 à 80% pour une population de 2000 personnes par jour. On fait aussi du travail de proximité, d’information, d’accompagnement. Je pense qu’on a bien besoin des associations spécifiques pour venir nous soutenir, mais en interne parce que pour nous, la grande difficulté c’est d’amener ces personnes vers des associations spécifiques.
Tahar Moez, médiateur, Espace Pluriel
Je fais partie d’une association de quartier. C’est un travail d’information, de prévention et d’accueil qui n’est pas reconnu par les institutionnels. Quand je vais à Sidaction (ECS), on m’envoie balader, on ne discute même pas avec moi. Pourtant, je consacre 1/3 de mon temps de travail à cette action. Il y a un public jeune qui ignore tout du sida alors qu’on en parle de plus en plus, notamment à l’école. Mais, sur le terrain, on se rend compte qu’ils n’ont pas d’information scientifique fiable. Nous faisons donc un travail de déblayage pour orienter le public vers des associations spécifiques mais qui n’est pas reconnu ni sur le plan financier ni sur d’autres plans.
Catherine Chardin
Sidaction n’est pas le représentant des institutions, mais je pense que vous avez pris aussi contact avec la DDASS. J’espère que ça portera ses fruits.
Tahar Moez, Espace Pluriel
Je prends ça comme une promesse ?
Catherine Chardin
Je crois qu’on est réellement conscient, et particulièrement au niveau de Paris, de la nécessité de valoriser ce travail de médiateur de santé. On a réussi à montrer, grâce au dispositif des adultes relais de la DIV* qui nous sert de soupape financière, que ce travail est important, qu’il porte ses fruits et qu’il est nécessaire de le professionnaliser et delui donner une réalité plus grande que ce qui existe actuellement. C’est tantôt une fonction de médiateur, tantôt une fonction de personne relais. Il n’y a pas de réelle définition de ces rôles, mais on est tout à fait conscient que c’est une des clés qui peut permettre d’améliorer considérablement la situation.
Catherine Cabanes, responsable de la Cité Saint-Martin
Je voulais reprendre ce que vous disiez à propos des petites associations dont une commence à être un peu connue, Afrique Avenir, qui est le premier et unique partenaire sur la médiation culturelle et sur la prévention spécifique auprès des Africains en Ile-de-France de la Cité Saint-Martin. Très franchement, il y a un problème au niveau des rapports entre l’Etat et les associations. Les petites associations qui ont culturellement les outils intellectuels pour mener à bien des actions de prévention ou de médiation adéquates aux publics migrants ne pourront jamais s’intégrer et avoir une solidité en ce qui concerne les financements. C’est impossible. Même pour obtenir 100000 ou 25000 F, il faut une telle logistique que je ne vois comment ces petites associations qui sont basées sur du bénévolat, du militantisme et un temps fou d’action, peuvent faire. On a affaire à un système pathologique. Il est impossible aux petites associations de fonctionner. Nous, à la Cité Saint-Martin, 340 lits, on n’y arrive pas. Notre cas est représentatif d’une difficulté générale. En Ile-de-France, ces petites associations fourmillent et elles ne pourront pas continuer parce qu’à un moment il y a une limite au bénévolat. La technicité implique nécessairement un certain niveau de formation, de compréhension des financements, mais il n’y a pas que ça. Il faut de toute façon une photocopieuse-trieuse-agraffeuse à 150000F pour arriver à assurer la demande. C’est anecdotique, mais c’est ça ! Et une comptable fortement expérimentée, même pour demander 10000F pour le 1er décembre ! Comment faire avec ce système ? Le système des financements devient de plus en plus "fou" et je crois qu’on ne va pas s’en sortir.
Sanvi Ahebla, médiateur de santé publique à l’association APA
Au-delà de la fonction de médiateur de santé, l’implication des personnes séropositives dans les dispositifs de prévention constitue un véritable défi. C’est une voie pleine de promesses dans laquelle il faut investir pour arrêter la progression de l’épidémie et permettre aux gens d’adopter des comportements de protection. Elles pourraient aider à mieux sensibiliser ceux qui croient que le sida est une fiction. Il faut que les acteurs de prévention institutionnels et associatifs reconnaissent les personnes séropositives étrangères comme des personnes qui peuvent fournir une autre information importante. Il faut soutenir les actions de prévention des associations de personnes séropositives.
Aminata Sinon, Ikambere
Sur l’accès aux droits sociaux et aux soins, vous parlez de permettre l’application effective de la loi du 11 mai 1998. Comment allez-vous vous y prendre ? Parce que cela dépend de chaque préfecture et du bon vouloir de la personne que le malade a devant lui. Si les séropositifs ne se présentent pas dans les préfectures, c’est parce qu’ils ont peur d’être expulsés. Est-ce qu’il y aura d’autres décrets ou une formation des personnes travaillant dans ce secteur ? Les médecins et les assistantes sociales aident beaucoup les malades pour l’obtention de la carte de séjour, mais malgré tout, on est au point zéro. Certains malades se cachent, ont peur de se présenter. Qu’allez-vous faire pour les autorisations provisoires de séjour (APS) sans autorisation de travail ? C’est bien beau d’avoir l’APS, mais si on n’a pas l’autorisation de travail, comment vivre ?
Hèlène Delaquaize, médiatrice de santé publique à Marmottan
Dans notre établissement, sur 100 personnes qui viennent, 80 sont originaires d’Afrique du Nord ou d’Afrique subsaharienne dont énormément de toxicomanes qui ont aujourd’hui des problèmes de polytoxicomanie. Il y a une énorme précarité. Quand ils viennent en médecine générale pour se faire dépister et chercher leurs résultats, qu’on leur annonce une séropositivité et qu’il faut rapidement mettre en place un traitement, ils acceptent, puis d’un seul coup ils disparaissent dans la nature. On les revoit 6 mois, un an plus tard, que ce soit un homme ou une femme. Ce qui me gène, c’est qu’il y a des brochures sur le VIH, mais il n’y a pas de brochure lambda. Quand on leur annonce leur séropositivité, je ne peux pas leur donner Info traitements ou Têtu. Je n’ai aucun document à leur remettre, rien à leur donner pour leur expliquer ce qu’est le VIH, pourquoi il faut se traiter, etc. A part le préservatif ou le Femidon, et là, il n’est pas non plus évident qu’ils acceptent de s’en servir parce que beaucoup de femmes malheureusement refusent d’annoncer leur séropositivité à leurs proches. On a donc beaucoup de mal à créer un lien entre toutes ces personnes séropositives à Marmottan.
Catherine Chardin
C’est sûr qu’il y a des choses à prendre en compte et sur lesquelles il faudrait peut-être insister plus dans le programme d’actions, notamment sur ce que disait Catherine Cabanes à propos de la simplification du système administratif pour toutes les demandes de subvention. On a parlé de la simplification du système administratif pour les obtentions de titre de séjour et de travail, mais cet aspect n’a pas été tellement évoqué. Sur ce que dit aussi l’association APA sur la représentativité des personnes séropositives et la nécessité de leur reconnaître un rôle entier de prévention et de prévention primaire, je crois que c’est un point essentiel. Sur ce que dit Ikambere à propos de la loi, je crois que pour faire respecter la loi, il faut à la fois qu’on renforce les circulaires, les directives d’application et les rappels de ce qu’est la loi. Mais la loi existe, et cela devrait suffire pour dire que l’Etat a joué son rôle sur ce plan-là. Or, on constate que ce n’est pas le cas... On est obligé d’user les énergies des uns et des autres pour réussir à la faire respecter. Sur le plan institutionnel, l’espoir réside dans la réactivation dans ce plan 2001-2004 du groupe interministériel sur la lutte contre le sida qui était en sommeil depuis plusieurs années. Je pense que cela facilitera les relations entre l’Intérieur, la Justice et la Santé, et l’application de la loi du 11 mai.
Pour les autorisations provisoires de séjour sans autorisation de travail, on est justement dans un contexte de non-respect de la loi. Normalement, pour les personnes malades, l’autorisation provisoire de séjour sans autorisation de travail, ça n’existe pas. Et c’est pour cela que la loi a prévu une carte de séjour temporaire automatiquement assortie de droits et d’une autorisation de travail. Qu’allons-nous faire ? On va essayer de faire respecter la loi.
Reda Sadki, président de Migrants contre le sida
Depuis 6 ans, Migrants contre le sida fait une émission de radio unique. C’est la seule à notre connaissance qui parle des besoins des séropositifs d’origine arabe et africaine et qui tente d’y répondre.
Qui sommes-nous ?
En France, en 20 ans d’épidémie, 15000 immigrés, enfants d’immigrés des communautés maghrébine et africaine, sont morts du sida, sur 35000 morts au total. Presque la moitié des morts du sida en France sont immigrés ou enfant d’immigrés. Si Migrants contre le sida existe, c’est pour appeler à la mobilisation des proches et des familles et afin de soutenir les bagarres menées par les personnes concernées et par les personnes séropositives pour survivre au sida, mais aussi pour exiger justice pour les disparus de la maladie.
À lire : Des droits politiques des immigrés et de nos combats pour survivre au sida
Migrants contre le sida est un collectif d’information et de solidarité avec les séropositifs issus de l’immigration. Depuis 1995, notre travail se fait sans soutien des pouvoirs publics. Nous ne sommes pas allés mendier des miettes à la DDASS, à la DGS, ou aux laboratoires pharmaceutiques.
Par rapport aux commentaires de la salle sur les besoins des personnes, notamment sur le suivi médical et le début du traitement, nous avons commencé à travailler sur le sujet depuis maintenant 2 ans, et nous avons des réponses faisables et effectives dans le cadre de ce que l’on appelle "le dispositif medias, survivre au sida" qui vous est distribué.
Ce dispositif comprend huit points :
1. l’émission de radio tous les mardi à 17H qui parle aux séropositifs d’origine arabe et africaine.
Ce n’est pas une émission sur le sida, mais plutôt une émission sur tout ce qui peut intéresser les séropositifs issus de l’immigration. C’est une distinction de taille. Il y a une chronique juridique qui répond aux préoccupations des personnes sans-papiers ; une chronique médicale (quand débuter un traitement, comment supporter les médicaments, etc.) ; une rubrique qu’on appelle Diasporas qui parle des pratiques de solidarité des immigrés et des enfants d’immigrés vis-à-vis de nos proches qui sont malades dans les pays d’origine ; une rubrique Carnet d’adresses pour les infos très pratiques, et même une rubrique Recettes de cuisine.
Parmi les plus importantes, une nouvelle rubrique qui s’appelle Le premier jour, où on demande à des "anciens", des séropositifs depuis 5 ans, 10 ou 15 ans, de raconter le jour de la découverte de leur diagnostic et tout ce qui a suivi. Cette rubrique a été mise en place parce que nous recevons de plus en plus de demandes de gens très jeunes (18, 20, 22 ans) qui sortent de l’hôpital, qui sont malades ou séropositifs et qui doivent trouver des réponses pratiques à des questions essentielles sur le reste de leur vie. Autre nouvelle rubrique, la rubrique "Sexe", qui part d’un fait tout simple : les séropositifs, comme les séronégatifs, font l’amour. Dans le cadre de l’émission, on répond donc aux interrogations pratiques sur tous les aspects de leur vie sexuelle sans aucun tabou, avec des réponses aussi claires que possible.
Il y a aussi un kiosque associatif où l’on invite des associations à venir dire ce qu’elles font pour répondre aux besoins des séropositifs. Enfin, il y a des débats politiques sous forme de table ronde où l’on invite des acteurs de terrain, par exemple des gens qui gèrent les appartements de coordination thérapeutique, des gens qui gèrent la misère des séropositifs. On les invite pour les confronter à leurs responsabilités ou pour débattre des issues politiques possibles pour mieux répondre aux besoins des personnes, en particulier des séropositifs les plus précaires. Donc l’émission de radio, c’est l’axe central de notre action.
2. le programme de l’émission :
Téléchargez le nouveau programme de l’émission de radio
Nous sortons toutes les 4 à 6 semaines un calendrier des émissions avec le sommaire de chaque numéro à l’intention des personnes concernées. Mais il existe un frein à la diffusion, à la distribution et à la mise à disposition de ce calendrier : ce sont les intermédiaires.
Nous nous sommes, en effet, rendu compte que le principal frein à la connaissance de l’existence de cette émission, ce sont les soignants, les travailleurs sociaux et certaines structures associatives à qui nous demandons aujourd’hui explicitement de faire leur travail : transmettre l’information sur l’existence de cette émission et mettre le programme à la disposition des personnes concernées.
3. le répondeur téléphonique (08 70 25 12 50) :
Sida Info Immigré : tout savoir sur notre permanence téléphonique
C’est par ce biais que les auditeurs prennent contact avec nous pour poser des questions et prendre rendez-vous avec nous.
A l’origine ce répondeur a été mis en place courant 2000 face à l’immobilisme de Sida Info Service qui, depuis 1994, refusait de mettre en place un numéro pour répondre aux besoins spécifiques des immigrés et enfants d’immigrés, et en particulier des personnes séropositives. On prend l’engagement de rappeler rapidement et de répondre à chaque demande, de ne laisser personne tomber. Nous avons un réseau de militants, d’avocats, de juristes, de médecins grâce auxquels nous élaborons une vraie réponse, qui peut être utile à d’autres auditeurs qui ont le même problème.
4. les cassettes de l’émission :
Nous nous sommes rendu compte que beaucoup de gens qui travaillent ne peuvent pas écouter l’émission. Nous faisons donc, de façon très restreinte pour l’instant, des copies de cassettes lorqu’un auditeur nous le demande. Mais le problème, c’est le coût : environ 30F alors qu’on travaille dans la précarité la plus totale.
5. le site Internet (www.survivreausida.org) :
Il faut être clair, le site ne nous permet pas de toucher le public qui nous intéresse. Je rappelle que l’ensemble des séropositifs qu’ils soient français ou immigrés, vivent pour la plupart avec moins de 3500F/mois. Les personnes qui écoutent l’émission n’ont pas Internet et ne l’auront probablement pas dans les deux ou trois ans. Alors, pourquoi un site Internet ? Le site sert de relais d’information en direction non pas des malades, des personnes concernées, mais en direction de l’aristocratie associative et médicale, les intermédiaires dont je parlais plus haut. Nous avons 4200 abonnés qui reçoivent notre bulletin d’information hebdomadaire, et jusqu’à 50000 pages consultées par mois sur le site lui-même, plus de 3000 pages d’information sur tous les sujets qui nous intéressent. Nous suivons à peu près une cinquantaine de thèmes, de rubriques que nous considérons pertinentes. Vous avez la possibilité d’écouter l’émission par Internet, toutes les informations sur la permanence téléphonique, des dossiers thématiques (...) comme l’assistance médicale à la procréation, comment s’installer en France quand on est malade.
6. le catalogue des émissions :
C’est un projet... On s’est rendu compte que les gens, quand ils ont le programme des émissions, font un peu du shoping : ils choisissent l’émission et les thèmes qui les intéressent et les notent dans leur agenda. Pour aller plus loin dans cette logique, nous préparons un catalogue des émissions qui permettrait aux personnes de commander un CD audio ou une cassette des émissions qui les intéressent. Ce projet est en suspens faute de moyens. Il serait inadmissible de demander aux gens de payer pour avoir accès aux informations qui peuvent être déterminantes dans leur vie quotidienne.
7. le journal :
A parution irrégulière, mais qu’on sort parce qu’il sert d’appui aux campagnes et à la visibilité de Migrants contre le sida dans les hôpitaux. Au sommaire du numéro pour le 1er Décembre : le logement des séropositifs ; quand débuter un traitement ; bien manger, la première forme de thérapie avec une recette de cuisine facile à faire pour des gens qui n’ont pas forcément les moyens ; et Palestine vue du Tombeau Algérie.
8. les ateliers de formation :
Là aussi c’est en suspens pour l’instant. En 1999-2000 nous avons organisé quatre ateliers sur le droit du travail, sur la CMU, l’accès à l’hôpital et surtout sur le droit au logement.
Tel est l’ensemble de notre dispositif. Mais j’aimerais insister sur l’enjeu fondamental : la question des moyens. 2001 doit être la première année où il y a eu plus que des miettes, et encore. Il serait intéressant de comparer ce qui est dépensé en direction des immigrés par rapport à d’autres populations-cibles. Pour nous, la priorité c’est la question de l’extrême précarité, de la misère des séropositifs les plus précaires qui vivent en banlieue parisienne. C’est-à-dire répondre aux besoins des gens qui sont le plus dans la galère et faire en sorte que ces personnes puissent, non pas seulement être aidées ou recevoir une aide, mais réellement devenir maîtres de leurs destins, prendre les décisions, faire les choix thérapeutiques qui les concernent, se soigner dans la dignité. C’est la seule chose qui devrait guider notre action, pas autre chose. Et si on n’est pas prêt à se battre, dans 5 ans, dans 10 ans, il y aura encore des réunions comme celle-ci.
Dernier point :
Émission du 4 décembre 2001 (n° 118)
Il y a aujourd’hui des gens qui pensent que l’épidémie côté maghrébin est finie, ou encore que les Maghrébins de toute façon sont Français, et qu’il n’y a donc pas besoin de mener des actions spécifiques. Nous pensons, et je le dis publiquement, qu’il y a eu une première épidémie au début des années 80 avec d’abord l’entrée de la drogue dans les quartiers et juste derrière celle du virus. Depuis le milieu des années 90, il y a une deuxième épidémie au sein de la communauté maghrébine qui se transmet principalement par voie hétérosexuelle et qui ressemble de très près à l’épidémie qui frappe la communauté du reste du continent africain.
Questions de la salle (2)
Barbara Mba, Sida Info Service
Je voulais apporter une information rectificative : Sida Info Service a mis en place des permanences en langues étrangères en direction des populations migrantes depuis septembre. C’est vrai que c’est récent, mais il n’y a pas un refus de l’association à faire quelque chose en direction des migrants.
Michèle Bourgade, réalisatrice, Afrique Partenaires Services
On ne travaille peut-être pas suffisamment sur la communication du travail qu’on fait. Nous, par exemple, nous faisons des émissions de radio depuis 10 ans qui sont principalement ciblées en direction des personnes qui viennent d’Afrique de l’Ouest (Mali, Mauritanie, Sénégal). Dès le début, on a parlé des questions de santé, de l’accès aux soins, des cartes de séjour. Pour en revenir à la visibilité, nos auditeurs ne connaissent nos émissions (tous les vendredi 10h-12h et 16h-17h sur radio Libertaire 89.4 FM) que par le bouche à oreille. On ne fait pas de publicité. On fait nos émissions en français avec toujours des traductions en soninké, et parfois en peul, suivant les nécessités du moment. Par rapport à la visibilité, c’est un peu l’histoire du serpent que se mord la queue puisqu’au niveau de notre association, nous faisons aussi des permanences socio-juridiques. Si on était beaucoup plus connus, on aurait beaucoup plus de travail mais pour l’instant, on a déjà du mal à répondre à la demande des gens qui viennent nous voir.
Aguibou Sanogo, responsable des projets, Consulting Group International au Mali
J’aimerais poser une question à Madame Chardin : sur la lutte contre le sida, beaucoup a été dit, beaucoup a été fait, mais pourtant le sida progresse. Ne pensez-vous pas qu’en plus de la prise en charge des malades, il faut une action à la base, c’est-à-dire trouver une réponse locale ? Une action en direction des personnes affectées et des personnes infectées.
Deuxième question à Reda Sadki : j’aimerais savoir si, au-delà de tout ce que vous faites au niveau de votre radio, vous avez un feedback ?
Louise Manegou, Santé Culture et Intégration
Je voudrais attirer l’attention sur une dimension dont on ne parle pas assez en France quand on travaille avec les migrants, celle de l’itinéraire du migrant. Aujourd’hui, on parle du VIH/sida, mais le migrant, au quotidien, rencontre un certain nombre de difficultés. En France, on a le migrant alphabétisé et le non-alphabétisé, le migrant formé et le non-formé, donc tout un travail d’accompagnement à faire. En ce qui concerne le sida, c’est une dimension d’autant plus importante qu’on ajoute à cette différence une autre différence : l’exclusion. La personne affectée ou infectée se trouve exclue ou s’auto-exclut, et je pense qu’il est vraiment important de travailler sur cette dimension de l’itinéraire.
Pour parler de financement, là encore, on sollicite une personne qui est venue d’ailleurs, qui n’a pas cette pratique de demande de financement. Le bénévole qui s’implique dans une association immigrée peine à comprendre un dossier de financement alors qu’il doit répondre avant une certaine date. Il y a des émissions de radio, mais il ne connaît pas la fréquence ou il n’a pas la pratique. Il est immigré tout simplement. C’est pour cela que j’insiste sur l’itinéraire du migrant. Les volontés sont là, mais on est dans un pays où l’immigré vit une forme d’exclusion. Et tant qu’il y aura cette forme d’exclusion parce que sa différence est là, on risque de perdre encore beaucoup de temps pour arriver à trouver des solutions efficaces. Et pourtant il y a beaucoup d’actions menées, beaucoup de migrants s’impliquent aujourd’hui, mais au bout du compte ils se fatiguent énormément.
Reda Sadki
Nous ne pouvons pas attendre que les institutions françaises ou les associations classiques prennent conscience ou engagent des actions. Si elles le font, c’est très bien et nous saluons celles qui ont eu le courage de changer d’avis, de reconnaître leurs erreurs ou d’engager des moyens pour soutenir les personnes séropositives les plus précaires. La visibilité des associations renvoie essentiellement à la question des moyens. Et en l’état actuel, 13 millions de francs sur 419 au total, j’aimerais savoir qui récupère les 406 millions restants. On est obligé d’agir comme des mendiants, de jouer les prostituées pour obtenir des moyen qui restent dérisoires. C’est inadmissible en l’état actuel de l’épidémie. On s’est retrouvé avec des miettes pendant 10 ans et aujourd’hui tout d’un coup il y a urgence. Cela pose aussi la question de ce que n’ont pas fait les institutions, les associations classiques, et nous les tiendrons responsables jusqu’au bout. Ce qui ne nous empêchera pas de faire les choses par nous-mêmes et pour nous-mêmes.
Catherine Chardin
Quand j’entends Reda Sadki dire "on ne veut pas mendier", j’ai envie de rappeler que les subventions sont un droit et les DDASS sont des administrations accessibles. Il ne faut pas hésiter à y aller et à demander de l’aide pour remplir les dossiers. Ce n’est pas pour nier les difficultés qui existent mais en même temps, on n’a pas intérêt à amplifier l’importance et la complexité du dispositif car les acteurs de terrain risquent de s’auto-exclure en se disant "je n’y arriverai jamais". Il y a des obstacles et des barrages qu’on arrive à lever, en matière de subvention par exemple. Sur la visibilité des émissions, je crois que c’est de notre responsabilité commune - des institutions et des associations- de tout faire pour que ces émissions puissent être diffusées le plus largement possible.
Romain Mbiribindi, Jean Lusilu Voza, Andjelani Kasseyet, Afrique Avenir
Romain Mbiribindi, président de Afrique Avenir
Le projet Zac est né de la rencontre, organisée par la DDASS de Paris, de la Cité Saint-Martin, de l’association des cités du Secours catholique et de l’association Afrique Avenir.
Afrique Avenir est une association loi 1901 qui répartit son action en 4 ateliers :
- nouvelles rationnalités politiques, sociales et économiques africaines ;
- éducation sanitaire avec un sous-atelier sida ;
- femmes et reconstruction ;
- et l’atelier prières et médiation.
La DDASS de Paris nous a demandé de rédiger un projet en direction des migrants de l’Afrique centrale, le projet Zac, à l’origine "Zaïre, Angola, Congo" qui a par la suite évolué pour devenir "Zone Afrique centrale", puis "Zone d’action communautaire".
Au départ, la Cité Saint-Martin disposait d’un programme de prévention du VIH en direction des populations haïtiennes mais pour l’étendre à l’Afrique centrale, il fallait plusieurs personnes. D’où l’idée d’un groupe opérationnel, composé d’agents de communication bien intégrés dans la communauté, pour intervenir dans des milieux sociaux très complexes. Il a également fallu créer un comité de pilotage, avec des gens venant de la Cité Saint-Martin, du SSAE (service social d’aide aux émigrés), du Crips et d’Africains d’Afrique Avenir.
L’informel joue un rôle très important car pour pouvoir résoudre certains problèmes que ça soit en Afrique ou ici, il faut pouvoir reproduire le modèle africain. Il a donc fallu équilibrer l’informel et l’institutionnel. Un équilibre qui fonctionne maintenant depuis 1996.
Dès le départ, la Cité Saint-Martin a fait une avance de trésorerie pour mener à bien le projet, pour payer les titres de transport et pouvoir se déplacer dans les réseaux de proximité que nous appelons "Dina" :
- D pour domicile - les intervenants font du porte-à-porte-
- I pour institutions et organismes (Eglises, maisons de fret, ambassades, associations...)
- N pour nganda et terrains
- A pour autres (défilés, manifestations...).
Nous avons 3 sortes d’agents de proximité : ceux qui sont en contact direct avec le projet et la cité Saint-Martin, et 2 types d’"associés", ceux qui sont en contact permanent avec nous et ceux que nous rencontrons dans les réseaux sociaux mais à qui nous ne pouvons pas demander de venir aux réunions. Nos outils s’appuient notamment sur les artistes musiciens qui, dans la société africaine, constituent des figures d’autorité.
Jean Lusilu Voza, animateur socio-culturel, Afrique Avenir
Nous avons 3 sortes d’outils pour libérer la parole : l’affiche, la cassette vidéo et le verre.
Si nous existons, c’est qu’on a tous senti qu’il y avait un besoin dans notre communauté. On s’est demandé comment toucher les nôtres sur cette pathologie qui est malheureusement précédée par la honte. L’idée est venue d’une affiche avec des artistes qui chez nous sont des ambassadeurs. Trois artistes, donc, chacun représentatif d’un courant : le chanteur des jeunes, un autre plus calme et plus inspiré, et une femme. Et un slogan, en français "ça n’arrive pas qu’aux autres", mais qui n’est pas vraiment la traduction littérale pour ceux qui comprennent la langue. Certaines traductions font perdre la saveur de ce que l’on voulait dire à l’origine.
Dans la conception de l’affiche, on s’est dit "puisqu’ils aiment la musique, on va faire comme si c’était l’annonce d’un concert" mais sans lieu ni date. Et les gens n’ont pas arrêté de nous appeler pour nous dire "vous avez oublié de mettre la date". Alors, nous avons décidé d’organiser un concert mais surtout dans l’optique de produire une cassette pour pouvoir la diffuser un peu partout. Et voilà comment à partir d’une simple affiche, on a abouti à une cassette vidéo qui circule maintenant dans toutes les familles et permet de parler du VIH et de déclencher les débats.
Mais le besoin d’un autre outil s’est ensuite fait sentir. En allant travailler dans les "Nganda", les cafés, où les gens passent pour boire un coup, on a eu l’idée de fabriquer des verres supports de prévention et de les offrir au tenancier, toujours avec le même slogan, pour l’impliquer dans la démarche et qu’il nous laisse intervenir quand la discussion démarre. Parce que le verre interpelle forcément le consommateur. Il a d’ailleurs beaucoup de succès.
Andjelani Kasseyet, médiatrice culturelle, Afrique Avenir
On les utilise également dans les maisons. Quand on reçoit, on utilise ces verres qui libèrent aussi la parole. Et quand j’en donne à quelqu’un, je dis toujours "quelque part tu deviens toi aussi agent de prévention". Ca permet donc à tous les âges de pouvoir parler du sida.
Yves Madiba, Fédération IFAFE
Le grand problème que nous avons avec les migrants d’origine africaine, c’est que la manière d’aborder les gens est complètement éloignée de l’approche classique de prévention qui existe à l’heure actuelle.
IFAFE est une fédération d’associations initiées par les femmes qui travaillent en Europe avec des migrants d’origine africaine et qui s’attache à conserver lesponts avec l’Afrique. Je suis bénévole et je me suis plus particulièrement occupé de la bande dessinée Maïmouna, dont l’idée a été lancée à l’occasion de la journée mondiale de l’année dernière. Nous avons réuni des femmes d’origines différentes et organisé une table-ronde où chacune racontait son expérience et la manière dont le sida était perçu, afin d’essayer d’en tirer quelque chose qui les concerne tous, qui puisse durer et qui puisse être utilisé aussi bien ici que là-bas. Nous avons donc trouvé un ciment autour duquel nous avons réalisé une bande dessinée, en insistant aussi sur la partie scientifique pour laquelle nous avons fait appel au Crips, et notamment sur la promotion du préservatif féminin et l’espoir qu’il représente pour les femmes africaines de pouvoir prendre en charge la prévention. Nous avons beaucoup travaillé le scénario pour que l’histoire soit la plus agréable possible à lire et à comprendre.
L’avantage de la BD c’est qu’elle s’adresse aussi bien aux populations alphabétisées qu’à celles qui ne le sont pas. Nous avons organisé des buffets dans les foyers de jeunes travailleurs avec une animation autour de cette BD, un griot qui a composé un air sur l’histoire et la racontait. Intrigués, les gens venaient, et une fois la bande dessinée en main, discutaient avec nous tout naturellement. Nous distribuons également des sacs prévention qui, outre la BD, contiennent des adresses et les informations nécessaires.
Je voudrais ajouter ce que je ressens par rapport aux associations de migrants, aux associations en général et aux migrants en dehors des associations, c’est que si énormément d’approches sont réalisées séparément, il y a également une infinité d’isoloirs qui nous desservent.
Abdon Goudjo
J’espère qu’à terme cette bande dessinée sera prise en charge par la DGS et le CFES et donnera des petits car il est souhaitable de créer un personnage récurrent aussi important que Moussa le taximan, notamment pour les femmes afin qu’elles puissent s’identifier à une femme qui n’est pas dans la résignation mais dans la pugnacité.
Questions de la salle (3)
Céline Mazars, GRDR
Je voulais intervenir par rapport à ce que vient de dire Yves Madiba sur les initiatives séparées qui nous desservent et sur tous les problèmes rencontrés par les associations en matière de financement. Je pense qu’il est très important de travailler en réseau. C’est ce que nous essayons de faire au GRDR avec l’organisation d’une plate-forme d’associations qui travaillent dans la prévention du VIH/sida. Car il est essentiel de prendre du temps pour se retrouver et échanger. Lors de notre dernière réunion, nous avons, par exemple, décidé d’organiser une journée concacrée au problème des financements où chacun viendrait avec ses projets et où nous pourrions inviter quelqu’un de la DGS ou de la DDASS qui expliquerait les procédures. Tout cela pour dire qu’il y a aussi des moyens, que chacun a des compétences différentes et des choses à apporter aux autres et qu’en décidant de travailler ensemble, on pourra arriver à résoudre certains problèmes.
Dr Marianne Petit, médecin généraliste dans un centre de santé
Je suis surtout là en tant que responsable de la mission de prévention toxicomanie-sida d’Ivry. Je voudrais faire quelques remarques : j’ai été très intéressée par le fait que vous alliez directement dans les familles et donc faire de la prévention auprès des femmes. Les hommes, eux, peuvent sortir. J’espère que vous intervenez aussi dans les PMI car c’est aussi un bon terrain pour travailler avec les femmes. Les hommes font beaucoup la navette entre leur pays d’origine et leur pays d’accueil et nous nous retrouvons confrontés au problème du risque de relations sexuelles non protégées au pays, tant pour l’homme que pour la femme quand son mari rentre, parfois au bout de plusieurs mois. Le problème se pose de la même manière dans les foyers. Comment peut-on faire passer le message ? Quelle approche utiliser ?
Michèle Bourgade, Afrique Partenaires Services
Je voulais apporter un élément de réponse à Mme Petit qui se demandait comment toucher un public d’Afrique de l’Ouest, car c’est une question à laquelle nous avons réfléchi au sein d’Afrique Partenaires Services. Le problème est plus grand encore puisque quand les gens rentrent au pays, ils risquent non seulement d’avoir eu des rapports non protégés, mais aussi d’avoir contracté un mariage avec d’autres femmes car il y a beaucoup de polygamie. C’est donc un problème qui nous préoccupait particulièrement et nous avons trouvé comme solution de faire des permanences dans les foyers de travailleurs migrants, des permanences qui n’étaient pas exclusivement centrées sur le sida mais sur d’autres problèmes de santé comme le choléra, la paludisme, des permanences autour de la santé en général. L’information passe d’autant plus facilement que c’est une personne qui passe régulièrement dans les foyers et dont on sait que tel jour à telle heure elle est là.
Ridha Nouiouat, médecin de santé publique, Migrations Santé
Je voudrais poser une question sur le problème de la double peine. Depuis plusieurs années, j’interviens en milieu carcéral dans le cadre de la prévention du VIH/sida et de l’accompagnement de personnes séropositives et malgré les lois dites Chevènement et le dispositif législatif censé protéger les personnes, on constate encore que des personnes séropositives continuent à être renvoyées vers leur pays d’origine. Une évaluation de cette problématique a-t-elle été faite ?
Deuxième question sur les chiffres rendus publics par les centres de dépistage anonyme et gratuit qui montrent une augmentation des cas de séropositivité notamment chez les jeunes homosexuels mais aussi chez les femmes d’origineafricaine. Quel est le profil de ces personnes ? Il semblerait, en effet, que cela concerne une part non négligeable de personnes qui viennent d’arriver, ce qui pourrait traduire un phénomène de migration récente dans le cadre du soin.
Catherine Cabanes
Je voulais revenir sur le formel et l’informel. De toute façon, ça sera par des angles d’attaque différents de notre logique occidentale qu’on abordera la question du VIH auprès des publics africains. Mais lorsqu’on explique notre activité et que l’on doit la justifier auprès de la DDASS, on nous demande un compte-rendu d’actions formelles ou un projet d’actions formelles. Comment faire sur l’Ile-de-France puisque c’est à travers les cercles familiaux, les cercles amicaux, voire les cercles associatifs, que nous menons nos actions où il faut justement que les outils et les méthodes soient informels, et où il ne faut pas aborder le problème de front à notre manière occidentale en donnant formation et information de façon systématique et synthétique car cela n’a aucun impact. Il y a vraiment un problème culturel qui se pose. S’il y avait une réflexion sur la manière d’amener le pourquoi de l’utilisation de l’informel, je pense que cela constituerait un petit pas en avant dans le dialogue et la compréhension.
Catherine Chardin
Sur les outils, le Crips dispose d’un bon nombre d’outils et d’informations sur l’accompagnement nécesaire. Il existe également un catalogue qui recense les outils de prévention plus particulièrement destinés aux migrants financés par le ministère. Ce catalogue est disponible au CFES. A l’exemple de Moussa le Taximan, ces outils sont précieux pour débloquer la parole et faciliter celle des agents de prévention et il ne faut pas hésiter à les utiliser.
Sur les actions en foyer, je voulais également signaler que la DRASS Ile-de-France a mis en place, dans le cadre des programmes prioritaires d’accès aux soins, depuis le dernier trimestre 2001 et pour 3 ans, un programme pour les actions d’éducation à la santé en foyer.
Sur le problème des expulsions, là encore, comme pour l’accès aux cartes temporaires de séjour, je vous invite à nous saisir de toutes les situations que vous connaissez puisque normalement, les expulsions de personnes malades avec impossibilité de suivi médical dans leur pays ne sont légalement plus possibles depuis la modification du Code pénal en 1998. On a assez peu de remontées sur des expulsions effectives de personnes malades. Il est donc très très important de nous en saisir, de saisir la direction des populations et des migrations et le ministère de l’Intérieur, en sachant que ce n’est pas parce qu’on s’en informe qu’on arrive à régler ce genre de situations immédiatement. C’est le seul moyen d’arriver à ce que le dispositif législatif soit réellement appliqué.
Pour conclure, je voudrais redire que si l’aspect financier n’est pas à négliger, il n’est pas non plus le seul responsable du peu d’actions mises en [oe]uvre. Je suis persuadée que le peu d’acteurs associatifs et institutionnels qui prennent la situation en considération constitue une vraie difficulté. C’est un appel aux uns et aux autres.
Lucien Ahouandjinou, association Jeunesse Ambition au Bénin
Le nombre de migrants va continuer de croître parmi les personnes atteintes. Ils viennent d’Afrique où vivent 25 millions de personnes contaminées et où les gens ne sont pas informés. Il faudrait penser des actions à la base. Quand je fais de la sensibilisation et que j’exhorte quelqu’un à aller se faire dépister, je prie Dieu pour qu’il soit séronégatif. S’il est porteur du virus, quand il revient je ne sais pas quoi lui dire, parce que la prise en charge au Bénin, c’est zéro. C’est un véritable problème.
Reda Sadki
Ce qu’on a reproché au Crips dans le passé est toujours d’actualité : on se limite à des constats de plus en plus étoffés, de plus en plus sophistiqués, de plus en plus compétents. C’est bien, mais ce n’est pas suffisant par rapport à l’enjeu de santé publique parce que c’est quand même pour ça qu’on est là. Le sida, c’est une question médicale, une question de santé et la solution passera aussi par ce biais-là. Nous avons besoin que la question soit posée réellement. Est-ce que le plan d’actions 2001-2004 de la DGS permettra de dire à la prochaine réunion "nous avons réussi à faire ceci et cela, nous avons été efficaces en termes de santé publique", c’est-à-dire que les séropositifs ont une meilleure qualité de vie, peuvent se soigner et vivre dans la dignité ? C’est la seule question qui compte.
Abdon Goudjo
Finalement, ce que l’on observe, c’est que toutes ces actions que l’on dit communautaires procèdent du verbe. Et nous savons tous ici que, dans les pays subsahariens ou du Maghreb, le verbe est parole, rythme, émotion, et qu’à partir de là, la parole n’est qu’un élément du verbe. On parle d’autre chose avant d’aller à l’essentiel car l’essentiel abordé de manière frontale rebute et repousse. Dès lors, avons-nous assez d’imagination en matière de prévention pour répondre à la diversité des demandes qui existent ?
Forum de discussion: 4 Messages de forum
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45ème Rencontre du CRIPS : la prévention du VIH avec les migrants
Etant donne que la prostitution fait partie des principaux vecteurs de transmission du vih/sida,quels sont les angles d’attaques dans lesquels on peut traiter ou analyser la prostitution pour pretendre eventuellement ralentir ou diminuer le taux de prevalence sida
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45ème Rencontre du CRIPS : la prévention du VIH avec les migrants
nous sommes une association d’assistantes sociales diplômées nous voulons et souhaitons ardement intervenir pour toucher et sensibilisere les prostituées (femmes très jeunes) pour lesquelles les pouvoirs publics ne semblent pas s’y interesser quelle stratégie employée, dans un pays ou la religion entrave toute action préventive envers cers femmes prostituées car la misère et la pauvreté les poussent à se prostituer pour vivre et faire vivre leurs familles et enfants.
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45ème Rencontre du CRIPS : la prévention du VIH avec les migrants
je suis un jeune de 28ans j’ai us boucou de relation sexuel homo j’ai peur d’avoir le sida je voudrais une reponce de vous le plus tot possible merci
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45ème Rencontre du CRIPS : la prévention du VIH avec les migrants
Nous pouvons toujours immaginer mais la fianalité serai la volonté de contunuer et d’aller au bout de nos pensés de parler de dire ce que l’on observe et un jour il y’aura des fruits car cette lutte doit contunuer .