Accueil du site > Revue de presse > Revue de presse (1995-2002) > 2001 > 01 >
À propos de l’émission de radio
Une émission de radio pour survivre au sida
16 janvier 2001 (Migrants contre le sida)
PARIS, le 16 janvier 2001 (Migrants contre le sida)
1 Message | Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article
Migrants contre le sida, pour l’égalité des droits face la maladie
Migrants contre le sida se bat pour une idée pourtant simple : l’égalité des droits face à la maladie. Elle concerne aussi bien les immigrés que les Français, les malades que les non-malades. Alors que les communautés arabes et africaines, installées en France, payent un lourd tribut au SIDA depuis le début de la pandémie, le gouffre des inégalités entre les malades, selon leur origine, s’est creusé de façon dramatique ces dernières années. Le rapport Delfraissy (1999) constate « l’arrivée récente dans les services de patients [d’origine immigrée] vus pour la première fois souvent au stade SIDA non traité... ». En deux ans, selon l’Institut de veille sanitaire (InVS), la proportion des malades étrangers parmi l’ensemble des cas de SIDA est passée de 14 % (1 sur 8) à 20 % (1 sur 5). Les inégalités ne cessent de se creuser, car le système de santé est fondé sur la discrimination entre Français et Immigrés, entre régularisés et sans papiers, bref, entre riches et pauvres. C’est l’apartheid médical. Pour Migrants contre le sida, il existe un lien direct entre l’urgence des malades dans nos pays d’origine, et celle des immigrés malades, installés dans les pays riches. L’écart s’étend entre malades des pays riches et ceux des pays pauvres, par les mêmes mécanismes qui creusent le gouffre, en France, entre malades issus de l’immigration et les autres.
Depuis 1997, Migrants contre le sida produit la seule émission de radio en France qui s’adresse directement aux séropositifs d’origine arabe et africaine et à leurs proches. Au sommaire chaque semaine : nouvelles à chaud des luttes immigrées contre le sida (c’est-à-dire de toutes les luttes sociales), débats palpitants avec les invités reçus par l’émission, prises de parole et coups de gueule corrosifs dont l’ambition avouée est de mettre à nu les inégalités, les humiliations contre lesquels se bagarrent les malades au quotidien, de rendre tangible les liens entre les situations individuelles. Chaque fois qu’un malade obtient quelque chose par la lutte — même les victoires lilliputiennes comptent - cela constitue une preuve supplémentaire qu’il vaut bien la peine de se battre...
Une chronique juridique pour sortir des oubliettes
L’émission fait circuler l’info : on y donne les bonnes adresses, des rencards (rubrique agenda) susceptibles d’intéresser les auditeurs. La chronique juridique fournit des éléments pratiques à des problèmes juridiques précis : les quotas ethniques des sociétés de HLM et des appartements de coordination thérapeutiques (ACT), le cauchemar de la Couverture maladie universelle (CMU), l’iniquité de la Double Peine, les pièges tendus par la COTOREP et la CAF pour l’Allocation aux adultes handicapés (AAH), le parcours mortifère de l’accès aux soins à l’hôpital et ses oubliettes (c’est-à-dire les permanences d’accès aux soins de santé ou « consultations précarité »), l’enfermement inhumain et dégradant des prisons et des hôpitaux psychiatriques... Quand on est séropositif, pour survivre il faut s’y connaître sur des sujets auxquels sont aveugles les séronégatifs. Sans faire l’impasse sur une réalité bien affligeante (que de toute façon nos auditeurs connaissent), la chronique décortique les informations pratiques, les réponses possibles aux questions qui comptent : il faut demander des papiers, revendiquer un logement, exiger un revenu, réclamer les meilleurs soins possibles, Au spleen pessimiste de notre analyse, la chronique y oppose résolument l’optimisme de la volonté : tout est possible, et en tous les cas rien n’empêche d’essayer pour faire valoir ses droits, pour vivre dans la dignité.
Une chronique médicale : Si vis pacem, para bellum
L’ambition de la chronique médicale n’est absolument pas de se substituer au médecin. À l’opposée, elle est de fournir quelques munitions aux auditeurs qui fourbissent leurs armes pour l’inéluctable confrontation avec le médecin qui doit déboucher sur le respect, garant du droit de se soigner dans la dignité. Si vis pacem, para bellum (« si tu veux la paix, prépare la guerre »). Une médecine aveugle aux conditions de vie de ses patients, une médecine condescendante pour qui le patient dont elle ne parle pas la langue est forcément un imbécile, une médecine hautaine pour qui le malade n’a nul besoin de comprendre sa pathologie : voilà quelques traits brossés de notre ennemi commun. C’est ainsi que, pour préparer cette chronique, Migrants contre le sida tisse des liens avec des soignants en lutte pour que l’hôpital soigne tout le monde et fait appel à des séropositifs issus de l’immigration devenus par la force des choses, autodidactes du virus, des bilans sanguins, des traitements, etc.
« Diasporas » : volez la trithérapie des riches
« Diasporas », c’est le nom de la chronique qui rappelle le lien fort qui nous unit avec nos frères et nos s[oe]urs, frappés par le virus et ses conséquences dévastatrices, dans nos pays d’origine. Chaque semaine, Raja donne des nouvelles sur la collecte de médicaments (destinés à l’envoi vers aux pays d’origine) et des limites de ce travail caritatif qui est pourtant la seule pratique de solidarité qui met des boîtes de médicaments entre les mains des malades de nos pays. Pour les auditeurs, Raja résume et analyse l’actualité des débats internationaux pour l’accès immédiat aux traitements, pour la production des médicaments par les pays eux-mêmes. Comment soutenir, contribuer à ces luttes ? Après les multiples déclarations d’intention des laboratoires, de l’ONU ou de la Banque mondiale, qu’est-ce qui a changé dans la vie quotidienne des malades et de leurs proches ?
L’élixir musical sulfureux de Habib Ouarda
Last but not least, l’émission est ponctuée par une sélection musicale concoctée par l’extraordinaire Habib Ouarda de l’émission Maghreb Pluriel, qui puise avec subtile ingéniosité dans les tréfonds de ses bacs à disques pour proposer un savant mélange, des classiques dépoussiérés aux derniers tubes du raï underground... De quoi garantir aux auditeurs qu’au-delà de la tchatche, ils y passeront un délectable moment.
« Par nous-mêmes et pour nous-mêmes » : solidarité et autonomie politique
L’émission de radio a permis d’affirmer la primauté du droit des immigrés à l’information sur le sida, et de mettre en place un petit réseau informel entre des militants et des malades immigrés (alors qu’a priori, rien ne nous réunissait). Mais le travail de Migrants contre le sida ne se limite pas à l’émission, et nous manquons cruellement de gens ayant une réelle proximité avec la maladie (qui savent ce que c’est le sida) et en mesure de s’investir sérieusement, sur le long terme, dans les tranchées des luttes immigrées face au sida.
En décembre 1999, l’invitation est lancée aux séropositifs issus de l’immigration pour une série d’ateliers de formation. Migrants contre le sida distribue sa Lettre d’information, qui reprend les informations de l’émission et relaye l’invitation, dans toutes les consultations et les services hospitaliers de Paris et sa banlieue. Des ateliers abordant la question du travail, de la CMU, des droits des patients à l’hôpital, et du logement manifestent notre volonté de rencontrer les personnes concernées et de mettre en place des débats, des échanges et des confrontations avec le milieu associatif et les pouvoirs publics, de plus en plus éloignés des réalités quotidiennes des malades.
Enfin, pour répondre à un nombre croissant de demandes, Migrants contre le sida a ouvert le 18 mai 2000 sa propre permanence téléphonique (numéro : 08 70 25 12 50), pour répondre aux questions pratiques (juridiques, sociales, ou médicales) des malades d’origine arabe et africaine, pour mettre en contact des personnes confrontées à des problèmes communs, et pour tisser des liens d’entraide et de solidarité avec les malades et leurs proches.
L’ensemble de ce travail d’information se fait sans aucune subvention publique ou privée : c’est un choix clairement assumé car seul garant de notre autonomie politique.
Une question de justice
En France, une véritable culture de l’impunité - certains croient pouvoir tout dire et tout se permettre avec les malades immigrés en galère — s’est progressivement mise en place. Les malades ou leurs proches qui lisent ces lignes en savent quelque chose. Pour y mettre fin, nous affirmons que le droit à la santé ne se négocie pas, qu’il ne peut pas être revu à la baisse, car nous n’accepterons jamais que les plus malades parmi nous se retrouvent avec santé au rabais. Au nom de quoi accepterions-nous de telles compromissions, sachant qu’elles rendent certaines la mort évitable de nos camarades, de nos proches, de nos frères et nos s[oe]urs frappés par le virus ?