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Sanvi Ahebla, séropositif, prêche la prévention dans la communauté africaine
30 novembre 2001 (AFP)
PARIS, 30 novembre 2001 (AFP)
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par Martine VERON
Sanvi Ahebla, fondateur d’une association d’"Africains vivant avec le VIH", sera samedi, pour la journée mondiale contre le sida, sur un marché africain parisien, pour informer et "faire la promotion du dépistage".
"Pour moi, c’est un combat, ce qui m’est arrivé ne doit pas arriver aux autres", dit cet immigré togolais, responsable de quatre médiateurs de santé publique et neuf bénévoles. Tous malades déclarés, ils se mobilisent pour informer la communauté africaine, dramatiquement à la traîne en matière de dépistage et soins.
Vendredi, ils tenaient stand à la sortie du métro Château d’Eau (10ème), en plein quartier africain, proposant des dépliants sur la prévention, l’accès aux soins, des cassettes audio, des chroniques d’information en arabe.
"Oh ! Il y en a pour femmes, c’est pratique", s’étonnent les passantes devant les préservatifs féminins, qu’elles n’hésitent pas à prendre. Beaucoup se servent en brochures, inscrivent leur nom, mais s’éloignent rapidement.
"En France, on parle beaucoup du sida en Afrique, mais on oublie les Africains qui vivent ici. Il y a en a qui sont en France depuis cinq ans et ne savent toujours pas comment on attrape le sida", affirme Sanvi Ahebla, qui a créé il y a un an l’"African Positive Association" (APA).
"La faute vient des deux côtés", reconnaît-il, "les associations de lutte contre le sida n’ont pas de programme adapté à cette population, ce n’est pas de la négligence, mais ils ne savent pas faire".
Mais "les Africains eux-mêmes sont méfiants vis-à-vis de tout ce qui vient des +blancs+, dit-il, ils n’ouvrent pas la porte, ne se confient pas". Il faut compter aussi avec la honte d’avouer sa maladie, la peur de se retrouver isolé, rejeté par sa communauté.
Sur une centaine de personnes rencontrées en trois mois, dix ont accepté le dépistage, quatre ont été déclarées positives. Ceux-là ont dû faire face non seulement à la maladie mais à la solitude. L’un, hébergé par des amis, s’est retrouvé à la rue. Un autre n’a pas encore avoué sa maladie. Les deux autres n’ont pas de logement fixe et dépendent du Samu social.
Pour aider ses compatriotes, l’association tient une permanence à l’hôpital Rothschild deux fois par semaine et distribue ses plaquettes dans les marchés africains, les salons de coiffure, pour toucher les femmes, particulièrement frappées par l’épidémie.
Il faut accompagner les gens vers le dépistage mais aussi dans les soins. Si les étrangers, même sans-papiers, peuvent bénéficier des mêmes soins que les Français, grâce à l’Aide médicale gratuite (AME), ils rencontrent des obstacles parfois rédhibitoires, par manque d’information, précarité des conditions de vie et surtout de logement.
Fatou a 32 ans. Seule en France, très atteinte, elle a quitté l’hôpital avec une liste de centres d’accueil d’urgence. "Elle ne savait même pas prendre le métro", raconte Sanvi Ahebla qui, prévenu, est allé la chercher à l’hôpital. Après plusieurs nuits en centres d’accueil ou foyers, elle est aujourd’hui en hôtel, et bénévole à l’APA.