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Sida : les immigrés, parents pauvres du dépistage et des soins précoces
30 novembre 2001 (AFP)
PARIS, 30 novembre 2001 (AFP)
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par Martine VERON
Les étrangers vivant en France sont les parents pauvres du dépistage du virus du sida et des soins précoces, et forment le gros bataillon des nouveaux cas déclarés, près de 30 % alors qu’ils ne représentent que 6 % de la population totale.
Le ministre délégué à la santé Bernard Kouchner l’a confirmé mercredi. En présentant au conseil des ministres un plan de lutte contre le sida, il a fixé parmi les cibles prioritaires de la prévention, la population étrangère, notamment originaire d’Afrique subsaharienne, et a affirmé que les femmes payaient le plus lourd tribu à la maladie.
La part des étrangers parmi les cas de sida déclarés a doublé en cinq ans, passant de 13,2 % en 1995 à 27,2 % en 2000. Aujourd’hui, plus de 40 % des malades hétérosexuels sont d’origine étrangère (27 % d’origine africaine), la grande majorité (76 %) concentrée en Ile-de-France.
La progression de la maladie est particulièrement sensible chez les femmes. Les Africaines sont les seules à subir une augmentation des cas de sida (+ 57 % entre 1999 et 2000), qui baissent chez les hommes de même origine de 14,5 % et de 6 % chez les Françaises.
Information insuffisante sur les modes de transmission, refus de prendre en compte la réalité, méconnaissance des réseaux de soins, crainte de stigmatisation et du rejet de la communauté d’origine : les étrangers découvrent leur séropositivité beaucoup plus tardivement que les Français.
Sur la période 1998-2000, 60 % des hommes et 68 % des femmes d’Afrique sub-saharienne ne connaissaient pas leur séropositivité au moment du diagnostic du sida contre 47 % pour l’ensemble de la population.
Satisfait que "pour la première fois un ministre reconnaisse que la communauté étrangère est visée en priorité par le sida", le responsable de Migrants contre le Sida, Reda Sadki, regrette cependant que l’accent soit mis sur la seule communauté africaine.
"Aujourd’hui, on a des indices sérieux qui montrent l’émergence d’une augmentation des cas de séropositivité chez les Maghrébins, dit-il. Nous avons l’impression que les autorités refusent de voir la vérité, soit parce qu’elles surestiment l’influence de la religion, soit parce qu’elles ne veulent pas +stigmatiser+ les jeunes d’origine maghrébine".
Cette "nouvelle épidémie", après celle qui, dans les années quatre-vingt, avait pour origine le partage des seringues, rappelle-t-il, "se propage majoritairement par voie sexuelle", parmi les hommes mariés qui ont des aventures homosexuelles, les femmes et les jeunes en situation précaire.
Migrants contre le sida évoque aussi les difficultés rencontrées par les étrangers dans l’accès aux droits sociaux et aux soins, reconnues par les pouvoirs publics.
Les étrangers en situation régulière, comme les demandeurs d’asile, ont les mêmes droits que les Français et bénéficient de la Couverture médicale universelle (CMU) s’ils ont des revenus insuffisants. Les sans-papiers bénéficient de l’Aide médicale d’Etat (AME), sous condition de ressources, à condition qu’ils résident habituellement en France, et en font bénéficier conjoint, enfants, ascendant ou descendant, et cohabitant s’il est à charge.
Mais les nombreuses interrogations d’auditeurs entendues sur la radio Sida Info Immigré (106.3 FM) témoignent des difficultés vécues par les immigrés pour connaître leurs droits, comprendre le traitement, interpréter les symptômes.
"On vit avec des stéréotypes, les étrangers pensent qu’ils ne bénéficient pas des mêmes soins, les médecins que les malades étrangers ne comprennent rien ou ne suivent pas les consignes, il faut casser les clivages idéologiques", conclut Migrants contre le sida.