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L’Etat veut la mort des malades étrangers
21 février 2000 (Migrants contre le sida)
PARIS, le 21 février 2000 (Migrants contre le sida)
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Communiqué n° 9
Du harcèlement à la ratonnade : chronique ordinaire de l’acharnement policier
Ce vendredi 18 février, Ali B. se rend Gare de l’Est pour manifester son soutien aux participants à l’action « un train antifasciste et gratuit pour Vienne ». Dès son départ de son domicile, il remarque des policiers en civil qui le suivent ostensiblement. Arrivé sur les lieux, il se fait presque immédiatement arrêter tandis qu’un impressionnant dispositif policier se met en place pour empêcher les manifestants de prendre le train. Alors que les autres manifestants interpellés sont emmenés au commissariat Louis Blanc (Xe), il est isolé et amené rue de Nancy : là, des flics qui se réclament ouvertement du Front National commencent une ratonnade en règle : insultes racistes, coups de poings et de matraques pleuvent. L’horreur va durer plus d’une heure pendant laquelle Ali va vainement demander un médecin et un avocat. C’est la pression d’une soixantaine de camarades, qui seront d’ailleurs chargés par les CRS, devant le commissariat qui finit par contraindre le commissaire à arrêter le tabassage et à libérer Ali.
Au troisième « anniversaire » de son expulsion, la police veut lui faire sa fête
Ce n’est pas la première fois qu’Ali B. subit la répression pour sa participation à une action politique. En moins de trois semaines, la police a interpellé Ali B. pas moins de trois fois. Le 2 février, Ali était tombé dans une embuscade préparée par des civils qui l’avaient embarqué et cuisiné sur ses fréquentations politiques. Le 16 février, c’est une nouvelle convocation dans un autre commissariat. À chaque fois, une audition et un interrogatoire humiliant, et, hier soir, un vicieux tabassage raciste.
Depuis 3 ans, Ali B. est en lutte pour l’égalité des droits des malades du SIDA
Le 7 février 1997, il y a tout juste trois ans, Ali B., gravement malade, suivant une trithérapie, était expulsé vers la Tunisie car frappé par la Double Peine. Une forte mobilisation - en plein vote des lois Debré - avait abouti à son retour en France. Mais il s’est retrouvé, comme avant l’expulsion, privé de tous droits sociaux et interdit de circuler car soumis à une assignation à résidence, véritable condamnation à perpétuité qui interdit tout déplacement. Depuis il n’a jamais cessé de lutter pour sa dignité et celle de tous les autres qui affrontent, au quotidien, le sida et les lois et les pratiques qui tuent les malades étrangers.
Cela, aucun état raciste ne peut le supporter de la part d’un malade immigré. Alors depuis trois ans, policiers et magistrats utilisent tous les moyens à leur disposition pour lui faire passer un seul message : la soumission ou la mort. En lui délivrant un récépissé de seulement trois mois, la préfecture lui ôte toute possibilité de se faire soigner et de vivre correctement tandis que même de très anciennes condamnations judiciaires, peines de prison et interdictions du territoire sont ressorties de son dossier pour justifier l’acharnement contre lui. Jeté dans les griffes de l’humanitaire, Ali refuse de subir les humiliations imposées aux malades du centre de la Croix-Rouge du Moulin Joly. Expulsé du centre, il est à l’initiative d’une campagne visant à faire cesser les pratiques de celui-ci. Pour avoir diffusé un tract, il est interné de force en juillet 1999 et plainte est portée contre lui pour violences.
La solidarité, pas la pitié !
L’histoire d’Ali est exemplaire non pas par son statut de « victime » du racisme mais parce qu’elle montre que tout l’éventail de l’acharnement des fonctionnaires racistes — qu’ils sévissent dans les préfectures, les prisons ou les hôpitaux — ne suffit parfois pas à briser la détermination de celui qui lutte pour sa dignité, en refusant l’assistanat insultant des services sociaux ou celui plus mesquin des humanistes de tous bords. Aussi le soutien dont il a besoin aujourd’hui est celui de tous ceux qui seront capables de voir en lui un camarade et non un « cas humanitaire ». Ali B., comme tous les autres sans-papiers, doit obtenir la carte de dix ans, seule solution lui permettant de vivre et de se soigner dans la dignité.
Migrants contre le sida
Paris, le 21 février 2000