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À propos de l’émission de radio
Une radio contre « l’apartheid médical »
8 juillet 2000 (Solidarité Sida)
PARIS, 8 juillet 2000 (Solidarité Sida)
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Deux fois plus touchés par le virus que les personnes de nationalité française, les étrangers, souvent en situation de précarité, sont également moins bien pris en charge, et moins vite. Une radio leur vient en aide.
L’immeuble ne paye pas de mine, mais en poussant la porte couverte d’auto-collants, au fond du couloir, on finit par trouver le minuscule studio. Redha s’éclaircit la voix ; c’est parti pour une heure d’émission en direct. « Bonjour à tous et bienvenue pour cette 53e édition de Migrants contre le sida, destinée aux personnes issues de l’immigration touchées par le virus du sida. » Thème du jour : l’accès aux soins. Pour en parler, Redha Sadki, de l’association Migrants contre le sida, a réuni Sélim, infirmier à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Moussa, responsable d’un mouvement de sans-papiers, et Naïma, qui coanime.
Pendant une heure, le quatuor fait le point sur les traitements, dénonce pêle-mêle « l’apartheid médical dont sont victimes les personnes issues de l’immigration », « le mépris affiché par les autorités pour le lourd tribut que les immigrés ont payé » et rappelle aux auditeurs de Fréquence Paris Plurielle (106.3 FM) qu’en « aucune cas, le personnel hospitalier n’a le droit de demander des papiers à quelqu’un qui se présente aux urgences. »
Ce discours militant, Redha Sadki le tient depuis des années, quand un de ses amis tunisiens, malade du sida, a été expulsé. « On s’est rendu compte qu’il fallait faire quelque chose, que les immigrés étaient complètement exclus des soins et de la prévention. Avec Habib, qui est toujours le technicien de l’émission, nous avons décidé de lutter sans soutien, sans compromission. Les pouvoirs publics n’en ont rien à foutre des immigrés. Nous sommes là pour aider les malades, uniquement. Nous ne gèrons pas leur misère, nous leur donnons des infos pour les aider au quotidien. »
De conseils médicaux en informations juridiques, Redha et Naïma s’adressent donc directement à leurs auditeurs et leur répètent le numéro de la permanence téléphonique qui leur viendra en aide. « C’est important pour ces malades d’avoir un interlocuteur, des conseils. Nous nous adressons aussi aux proches et aux familles qu’il faut parfois convaincre. Il faut arrêter la honte, poursuit Redha. Il faut leur faire comprendre que ça n’arrive pas qu’aux autres, qu’ils ont sans doute quelqu’un dans leur entourage qui est malade. Aux Etats-Unis, les personnes qui sont touchées par le virus sont surtout des Noirs et des Latinos, en France, on va vers la même situation. »
Hors antenne, Redha laisse éclater sa colère. Il s’emporte contre les autorités sanitaires françaises qui, selon lui, se moquent du sort des immigrés. « Un rapport récent disait que du côté africain la maladie était ’une pathologie d’importation’, ce qui revient à dire que les Africaine ramènent le sida de chez eux. Quant aux Maghrébins, ce même rapport parlait d’un problème culturel. Mais ça veut dire quoi, ça ? Que le sida se transmet par le couscous ? Il faut arrêter ce genre de discours. Moi, les étrangers que je connais ont été contaminés en France, et s’ils le sont plus que les autres, c’est parce que, souvent, ils vivent dans la misère. Ils sont touchés à cause de la discrimination dont ils sont victimes ! »
Discrimination tant au niveau de l’accès aux soins, mais aussi de la prévention : « Tant que les gens n’ont pas l’égalité des droits, ça ne sert à rien de faire de la prévention. Et quand on met des têtes blondes sur les affiches, comment voulez-vous que les immigrés se sentent concernés ? C’est aussi contre ça qu’on lutte au quotidien, même si notre unique souci est d’aider concrètement les gens touchés par le virus. » Notamment en s’adressant directement à eux tous les mardis à 14h30 sur 106.3 FM.
Adeline Suard