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Les immigrés au 12e Congrès mondial du sida
19 juin 1998 (survivreausida.net)
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par Mary Haour-Knipe, sociologue
Les problèmes liés aux questions de migration et du VIH se ressemblent partout dans le monde.
D’une manière générale, de mauvaises conditions socio-économiques influent sur les mouvements de populations en créant des situations d’extrême vulnérabilité. Dans ce contexte, les populations immigrées sont souvent exclues des efforts de prévention du sida et doivent, lorsqu’elles sont malades, faire face à de graves difficultés d’accès aux soins. Ces situations favorisent un climat de malentendus et de méfiance, aussi bien du côté des populations vulnérables que chez ceux et celles qui voudraient les aider. Elles comportent également les conditions potentielles d’une propagation explosive de l’épidémie.
Le 12e Congrès Mondial du Sida, qui se tiendra à Genève (Suisse) du 27 au 3 juillet 1998, sera l’occasion de porter une attention particulière aux situations des populations immigrées et/ou migrantes. En effet, c’est à cette occasion que, pour la première fois, les facteurs de vulnérabilité des migrants face au VIH seront discutés en séance plénière. C’est également la première conférence sur le sida où la question des droits de l’homme de ces populations sera au centre des préoccupations.
Les activités du Congrès en rapport avec les questions de migration prendront plusieurs formes. En ce qui concerne le programme scientifique, un groupe d’experts a été invité à présenter une vue d’ensemble lors d’une séance qui portera sur « les populations migrantes et le VIH : la vulnérabilité, les risques, et les droits humains » (C28, jeudi 30 juin de 15h à 17h, Hall VI). Il s’agira d’analyser le rapport entre la mobilité des êtres humains et le risque d’infection partout dans le monde, avec notamment une présentation des situations à risque liées à la guerre. Seront notamment examinées les situations : au Mexique et en Amérique centrale où le lien entre politiques d’immigration et propagation de l’épidémie est particulièrement clair ; en Asie du Sud-Est où une situation potentiellement explosive se développe rapidement ; et, en Afrique où la question des mouvements de populations a été examinée depuis le début de la pandémie et où les facteurs économiques qui aggravent le risque de contamination par le VIH son particulièrement flagrants. Les deux dernières présentations de cette séance aborderont la question des droits humains fondamentaux en matière de sida et de migration, notamment les problèmes liés à l’argument de santé publique et les contrôles aux frontières, ainsi que l’accès aux soins sans discrimination.
En outre, six des résumés sélectionnés pour une présentation orale traiteront de la migration et du VIH lors d’une autre séance (C25, mardi 30 juin, 13 :00 à 14 :00, Hall VI). Les interventions porteront sur une évaluation des actions de prévention auprès des populations migrantes en Afrique sub-saharienne, la prévention du VIH dans les pays en crise ou en situation d’urgence, les « cabines » mobiles de prévention du SIDA qui ciblent les travailleurs immigrés et les familles, une comparaison des contrôles aux frontières en matière de VIH/SIDA dans différents pays d’Europe, les conséquences des déplacements forcés sur la prévention du VIH et, la prévention du VIH au sein des travailleurs du sexe à Genève.
Les autres présentations concernant les migrants seront disponibles sous forme de posters. Les stands de posters changeront tous les jours, et les auteurs seront disponibles, de 8h à 8h50, de 12h à 13h, et de 17h à 18h, pour discuter de leur travail lorsqu’il est affiché.
Le Congrès est organisé en étroite collaboration avec de nombreuses communautés engagées dans la lutte contre le sida. En ouverture et en clôture de ce 12e Congrès Mondial auront lieu des « Rendez-Vous Communautaires » d’échange et de formation. Parmi les activités prévues, il y aura par exemple une table ronde sur les droits des immigrés face au sida (samedi 27 juin, 13h à 17h, Salle F, Palexpo).
De plus, les organisations ou les personnes souhaitant présenter des projets de prévention ou de soins aux personnes atteintes du VIH/SIDA, intégrer ou constituer des réseaux avec d’autres personnes qui font un travail similaire dans une autre région du monde, sont invitées à une rencontre informelle (jeudi 2 juillet, de 18h à 21h, Salle F, Palexpo).
Ces conférences, qui réunissent plus de 12 000 personnes travaillant dans différents domaines du VIH/SIDA (sciences fondamentales ; sciences cliniques ; épidémiologie, prévention et santé publique ; sciences sociales), donnent une occasion unique pour se réunir et organiser d’utiles rencontres en même temps que la conférence principale. Au moins une réunion « satellite » (Le symposium international sur la prévention du VIH organisée par la Fédération suisse du Sida) consacrera, dans la matinée du samedi 27 juin, une séance à la prévention du VIH parmi les populations migrantes ou déplacées. Une inscription payante est cependant nécessaire pour participer à ce symposium ou à d’autres réunions satellites.
En conclusion, le 12e Congrès Mondial du sida promet d’être riche en enseignements. Il offrira l’opportunité d’améliorer la compréhension des questions liées à l’immigration et au VIH, de découvrir de nouvelles idées et des approches novatrices concernant le VIH/SIDA et les populations migrantes et immigrées. C’est également une occasion unique pour les chercheurs, les militants, les activistes et les travailleurs de terrain de se réunir afin de « franchir l’écart ».
Mary Haour-Knipe
Lausanne, le 16 juin 1998
Mary Haour-Knipe est sociologue, co-éditeur avec Richard Rector de Crossing Borders : Migration, Ethnicity and AIDS, Londres, Routledge 1997.