Accueil du site > Revue de presse > Revue de presse (1995-2002) > 1995 >
Pays-Bas. Troisième rencontre européenne des minorités ethniques et des migrants face au sida
24 septembre 1995 (Migrants contre le sida)
DRIERBERGEN, 24 septembre 1995 (Migrants contre le sida)
Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article
Europe Forteresse ou Europe contre le sida ?
La décision de mettre en place un Forum politique des communautés immigrées pour représenter les minorités ethniques et les migrants au niveau européen pourrait à terme considérablement modifier l’échiquier politique de la lutte contre le sida en Europe. C’est chose faite depuis le 24 septembre 1995, lors de la clôture de la Troisième Rencontre Européenne sur le Sida des Minorités Ethniques et des Migrants à Drierbergen aux Pays-Bas. Les 75 participants venus de 18 pays sont repartis avec comme priorité la concrétisation de ce Forum dans leurs pays.
Depuis sa création en 1989, le groupe Aids & Mobility, à l’initiative de la rencontre, a fait des migrants la première de ses préoccupations (1). Entre sa première rencontre d’échange d’information sur les migrants et le sida (mai 1993) et celle de Drierbergen au Pays-Bas, il est « difficile de mesurer les résultats concrets », explique Rinske van Duifhuizen, coordinatrice du groupe. Mais le pari de la diffusion de l’information et de l’échange d’expérience a été « très largement réussi », permettant la prise de conscience du besoin d’un Forum capable de porter des revendications politiques communes au niveau européen.
Le thème de la rencontre, le développement des compétences (skills building), s’est traduit par une série d’ateliers d’échange sur des sujets tels que les droits humains, le safer sex, la toxicomanie, et les moyens d’intégrer ses questions dans un programme de lutte contre le sida.
Le Naz Project de Londres a mené deux ateliers, le premier intitulé Talking about Sex et le deuxième à propos des campagnes de collecte de fonds. L’équipe de NAZ a été depuis le début un moteur dans la construction d’un réseau immigré de lutte contre le sida, et le groupe fait aujourd’hui figure de grand frère parmi les associations. Avec son infrastructure épaissie par quatre ans de travail, le NAZ Project a pris en charge une partie de la logistique des deux dernières rencontres européennes.
L’équipe dynamique du NAZ est le produit de la professionnalisation du militantisme des Black British. NAZ s’est construit au carrefour des luttes et des expériences Blacks, Gay/Lesbienne, et contre le sida. Avec comme vocation de développer une agence « pour la santé sexuelle et le sida/HIV » de la communauté Asiatique, mais aussi des petites communautés Turques, arabes, et iraniennes.
NAZ est rapidement devenu une référence incontournable, un modèle d’organisation en Europe. Mais, comme le souligne un militant en France, « si tout le monde parle de NAZ, c’est aussi parce que c’est quasiment l’unique structure de ce type en Europe ».
Ce constat, en fait, reflète les très larges disparités en terme d’organisation d’un pays à l’autre. Et pourrait à terme remettre en question l’inscription du Forum dans une logique de représentativité. Jusqu’à présent, les contacts se sont faits le plus souvent au hasard des rencontres des membres du collectif d’organisation (2).
Car si la finalité se confine au lobbying des structures européennes ou même internationales, le Forum devra s’élargir considérablement. Ainsi, le débat reste ouvert quant à la viabilité d’une politique commune - au-delà des revendications symboliques ou minimales - regroupant l’énorme diversité d’associations concernées.
(1) Le réseau s’occupe aussi du tourisme, des travailleurs sexuels, de la traite des femmes, etc. Aids & Mobility, A. van Ostadelaan 140, 3583 AM Utrecht, Pays Bas. Tél. : (+31) 30 543 888. Fax : (+31) 30 543 797.
(2) A titre d’exemple, l’absence de l’URMED, du COMEDE ou de toute association africaine (URACA, FISI, OPALS, etc.) de France met en évidence le besoin d’étoffer la toile du réseau, représentativité ou pas.