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Politiques de santé
France. Quelle mobilisation des communautés immigrées face au sida ?
1er décembre 1995 (Migrants contre le sida)
PARIS, 1er décembre 1995 (Migrants contre le sida)
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Sisyphe n’est pas un mythe
La France fait partie du groupe de pays pour lesquels la prévention auprès des migrants n’est jamais devenue une priorité, estime Rinske van Duifhuizen, coordinatrice de Aids & Mobility. Elle est loin d’être la seule, parmi les participants à la rencontre de Drierbergen, à faire ce constat.
Par conséquence, contrairement aux quelques pays (voir notre article, p. 4) dotés de projets sur la base des droits à la santé et à l’information, la France risque de se « découvrir » une crise de santé publique [1]. En attendant, le débat hexagonal pour savoir s’il existe une spécificité française qui freine la prévention auprès des migrants est loin d’être tranché.
Où se situent les participants venus de France à la rencontre de Drierbergen par rapport à ce débat ? Pour au moins quatre des sept associations françaises [2] présentes à la Rencontre de Drierbergen, les groupes en France qui « travaillent en direction des migrants, notamment maghrébins » sont « peu nombreux » et « souffrent par ailleurs de l’absence de communication ». Pour « rompre cet isolement », elles souhaiteraient « organiser une rencontre... » pour « partager [les] expériences ». D’ailleurs, précisent-ils, elles ne s’étaient jamais rencontrés avant Drierbergen.
Certains sont convaincus que la question des migrants « va monter à la surface », et rajoutent avec un cynisme amer que « les questions ont été abordées dans l’ordre d’importance des groupes concerné », les immigrés en fin de file [3].
Tout le monde s’accorde pour insister que le véritable problème demeure qu’il existe « zéro interlocuteurs du côté des immigrés » en France, sans pour autant s’être posé la question des raisons de cette absence. Et de rappeler, comme le fait Toufik Abdalla du CRIPS, le « très peu de gens - immigrés ou pas - engagés dans la lutte contre le sida du côté des migrants ».
Décloisonnement ?
Lentement, la convergence parfois forcée se fait entre associations traditionnelles de lutte contre le sida (lié au mouvement des gays et lesbiennes), le travail social dans sa forme étatique ou associative, les grosses structures humanitaires (Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières), et, surtout, les associations issues des luttes de l’immigration (Double Peine, quartiers et cités, toxicomanie, santé, etc.). Des alliances ont ainsi pu se forger sur des luttes spécifiques, comme celle contre l’expulsion des malades étrangers [4].
Mais alors que des « commissions immigration » voient le jour, certains craignent que les associations traditionnelles de lutte contre le sida, confrontées aux immigrés, décident tôt ou de larguer un tel fardeau. Quitte à expédier le dossier vers une association « communautaire » au nom du droit à la différence, avec peut-être un coup de pouce paternaliste au niveau de la formation en guise d’incitation au départ. Manoeuvre permettant d’évacuer les questions gênantes de discrimination raciale et d’inégalité institutionnalisée au sein même des associations de lutte contre le sida.
Tombeau d’une idéologie
En France certains sont prêts à attiser les braises d’un débat dont la virulence avait marqué les années quatre-vingt : Est-il nécessaire d’adapter - ou transformer - le modèle assimilationniste qui prône l’intégration individuelle au prix de la dissolution des communautés ? Car les partisans de ce débat sont au minimum convaincus que le « modèle républicain » a freiné les efforts de prévention en France.
D’autres acteurs craignent que la levée de boucliers que suscitera ce débat constitue le moyen le plus efficace de « tout bloquer ». « Il n’y pas d’intérêts à amalgamer le sida avec des questions identitaires », surtout que « rien ne nous empêche de faire un projet "identité" par le biais des actions de terrain » [5].
En tout cas, plus de dix ans après la Marche pour l’Égalité, le crépuscule du modèle jacobin met à nu son fond lourdement idéologique. La réalité sociale - la stratification raciale et sociale qui confine les minorités ethniques aux périphéries de la société, l’aggravation de la ségrégation raciale, la constance des crimes racistes et sécuritaires, l’assaut juridique et policier pour remettre en question l’existence même de communautés installées depuis des décennies - révèle le très large gouffre entre le débat idéologique et la présence de fait de « communautés d’existence » [6].
S’agit-il vraiment de déterrer le débat quant au mérite théorique d’un des multiples modèles de gestion des minorités ethniques dont se servent les États européens ? Tout cela semble aller vite en besogne, car que savons-nous sur la situation réelle, en terme de droits aussi bien qu’en terme d’épidémiologie, des communautés immigrées en France ? Doit-on considérer les migrants comme « groupes spécifiques » pour la transmission du VIH [7] ?
Toufik Abdalla du CRIPS insiste sur l’absence de réflexion globale pour poser la question de l’existence d’une « spécificité migrant », au-delà des besoins linguistiques évidents. « Pour commencer, le terme migrant est bien trop vague pour être traduit en terme d’action ».
S’agit-il des communautés installées depuis des décennies ? Des travailleurs célibataires des foyers ? Des réfugiés ? De la génération de la Marche pour l’Égalité et de ses enfants ?
« Une conférence ne suffira pas. Il faut mettre sur pied un groupe de réflexion [8], pour éditer un document communicable aux acteurs de terrain », insistant sur « ce qu’il faut faire, pas ce qu’il faut penser », car le fond du débat n’est pas « une question de financement, il s’agit de savoir ce que font et peuvent faire les immigrés eux-mêmes. La volonté politique suivra les actions ».
Le Dr Brahim Miloudi, de l’association Espoir Goutte d’Or (EGO), déplore qu’en France « on ne parle même pas des problèmes spécifiques des immigrés », alors que le sida faisait déjà partie du paysage à EGO en 1987. « C’est pire aujourd’hui ».
Miloudi cite l’exemple du gouvernement allemand qui, lui, a reconnu aux associations immigrées leur droit de « contrôler les projets de lutte contre le sida qui les concernent ».
Hantise de la stigmatisation
La stigmatisation crée un dilemme pour la lutte contre le sida : L’impact disproportionnel de la maladie résultera-t-elle en un renouveau de la stigmatisation et des tentatives de coller la « faute » du sida à ses victimes ? Ou, a contrario, s’agira-t-il d’une opportunité pour aborder de manière globale la catastrophe sociale de la relégation sociale et économique de l’immigration, de pans entiers de la société française ?
Miloudi est convaincu qu’« une étude épidémiologique sérieuse, en partenariat avec le Ministère de la santé, ne peut pas servir à stigmatiser ». Mais, il explique, en France les statistiques sur les migrants et le sida restent « top secret » : « Le Ministère de la Santé refuse d’en parler ».
Un refus qui l’a poussé à conclure qu’il s’agit d’un « alibi politique ». « L’État n’a pas ce souci quand il s’agit des contrôles d’identités. Si on ne veut pas stigmatiser, il faut commencer par là ».
L’origine ethnique serait sans rapport à la lutte contre le sida si elle n’avait pas de signification sociale en France, ou si tous, quelle que soit leur origine, étaient traités de manière égalitaire. Malheureusement, ceci n’est pas l’histoire de France.
Notes
[1] Le programme de prévention en direction des migrants à Amsterdam existe depuis 1987, le Projet Migrants en Suisse, depuis 1989.
[2] Il s’agit du CRIPS, de l’ALS-Lyon (Association de lutte contre le sida), d’ASUD, et d’Espoir Goutte d’Or (EGO).
[3] C’est évidemment une lecture qui fait peu du lourd tribut payé par ces communautés-là, les premières touchées en Amérique du Nord et en Europe. Et qui oublie aussi qu’on peut être à la fois homosexuel, toxicomane, et immigré. Aux États-Unis, les communities of color (minorités ethniques) ont clairement été frappées depuis le début de la pandémie : le premier cas rapporté de sida chez un homme Africain Américain remonte à 1981. Dès août 1981, un cas sur neuf de sida chez les hommes homosexuels était un Africain Américain. Aussi, le premier rapport sur les femmes et le sida d’avril 1982 citait le cas de cinq femmes : trois femmes Latinas, une Blanche, et une Africaine Américaine. Pourtant, il faudra attendre jusqu’à 1992 pour que la National Commission on AIDS publie un rapport majeur sur les défis du sida/VIH pour les communities of color (L. Humphrey et F. Porcher, The Challenge of HIV/AIDS in communities of color, National Commission on AIDS, Washington, D.C., 1992).
[4] L’immigration est marquée par de multiples lignes de fractures. Les associations maghrébines se sont retrouvées confrontés au sida soit par le travail militant anti-expulsion, soit par une action autour de la toxicomanie. Les associations d’Africains noirs travaillent le plus souvent en direction des pays d’origine. Nous traiterons de ces clivages et, surtout, des tentatives de travail multi-communautaire, dans nos prochains numéros.
[5] Ces contortions idéologiques ont parfois de quoi faire sourire, surtout lorsqu’elles se retrouvent mêlées à quelques polysyllabes foucauldiennes. En témoigne une intervention de Daniel Defert, fondateur de l’association AIDES, lors de la séance d’ouverture du Colloque d’ARCAT-sida, « Communiquer pour agir » (23.11.95). Defert insistait sur l’idée que le quartier gay de Castro des années quatre-vingt à San Francisco aurait constitué un « espace publique d’appartenance » (EPA) intégrationniste, contrairement aux mouvements communautaristes ou identitaires aujourd’hui où il s’agit de rupture ou de cassure. En gros : Les homos de San Francisco ont eu droit à des « EPA », les immigrés n’auront droit qu’au FIS ? Nous traiterons en profondeur le désastre potentiel de ce type d’arrogance, qui revient à s’arroger le droit de légitimer - ou pas - certaines communautés d’existence, dans un prochain numéro.
[6] Le livre de A. Boubeker et M.H. Abdallah, Douce France : La saga du mouvement Beur (IM’média, Paris, 1993), et l’unique numéro de la revue Quo Vadis (septembre 1993), restent plus que jamais d’actualité. Agence IM’média, 26 rue des Maronites, 75020 Paris. Tél. : (+33 1) 46 36 01 45. Fax : (+331 ) 46 36 72 58.
[7] La 4e rencontre du CRIPS en 1990 avait répondu « qu’aucune donnée épidémiologique ne permet aujourd’hui de mesurer l’importance du risque-sida dans cette population et de la désigner comme particulièrement atteinte », insistant sur l’hétérogénéité de la population. « On ne peut en aucun cas... du strict point de vue de la Santé Publique envisager de désigner les migrants comme un groupe spécifique, qui, par sa qualité même de migrant, présenterait un risque quant à la transmission du sida ». (Lettre d’information du CRIPS n° 10, juillet 1990).
[8] Un groupe de travail avait pourtant été mis en place au CFES (Comité Français d’éducation pour la santé) en 1990, réunissant trente personnes de quinze structures différentes. À l’époque, un appel d’offres de l’AFLS avait suscité « un certain nombre » de projets de prévention en direction des migrants, et « une dizaine » était en cours de mise en place.
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France. Quelle mobilisation des communautés immigrées face au sida ?
nous souhaitons savoir ce qui est fait en ce qui concerne la prévention chez les prostituées immigrées... MERCI
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France. Quelle mobilisation des communautés immigrées face au sida ?
éleve infirmière en 3ème année je souhaite rédiger un mémoire sur le rôle infirmier dans la prise en charge d’un patient séropositif(jeune migrant) ;je veux mettre en avant l’importance pour le personnel soignant de connaitre la culture sénégalaise afin de soigner le patient dans sa globalité et dans le respect de sa personne.j’espère que vous pourrez m’aider à trouver de la documentation et des adresses plus spécifiques au domaine infirmier pour pouvoir réaliser mon projet. par avance merci. dorothée