Accueil du site > Revue de presse > Revue de presse (1995-2002) > 1995 >
Brèves du numéro 2
1er décembre 1995 (Migrants contre le sida)
PARIS, 1er décembre 1995 (Migrants contre le sida)
Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article
- Projets mentionnant explicitement les migrants, subventionnés par Ensemble contre le sida (ECS). URACA : Prévention dans les communautés africaines, 96 000 FF, poste d’ethnopsychologue (counselling), 204 000 FF, rencontres d’ethnomédecin, 80 000 FF, aide comptable, 150 00 FF ; Migrations Santé : Le sida, 12 affiches pour en parler, 70 000 FF, formation, réédition, prévention dans les foyers, 500 000 FF ; Santé à Bankoni : Festival sida au Mali, 65 000 FF ; Aides Dauphiné-Savoie : Prévention sida auprès de la population maghrébine, 100 000 F ; Arcat-sida : Prév. accueil et soutien séropositifs musulmans, 350 000 FF ; ATF (Association des Tunisiens de France) : Campagne d’information et prévention du sida, 100 000 FF ; EGO (Espoir Goutte d’Or) : Communication locale toxicomanie et sida, 200 000 FF ; SOS Racisme : Les messagers de la solidarité, 330 000 FF ; Aides Formation : Formation de formateurs d’Atrios ONG Tunis, 92 800 FF ; Comède : Prise en charge patients VIH, 280 600 FF ; ACT UP Paris : Mensuel accès aux soins droits des malades, 247 000 FF ; OPALS : Soutien à la revue trimestrielle Sidafrique : 245 000 FF ; Sida Info Service : Service téléphonique communautaire migrants, 250 000 FF. Total : 3,36 millions sur 84,4 millions (3,98 %) de Francs répartis pour les subventions associatives. (Fonds Sidaction 1994 : répartition au 1er mars 1995).
- Le 1er décembre 1994, Balladur avait annoncé « une contribution immédiate et exceptionnelle de 100 millions de francs » pour la lutte contre le sida dans les pays pauvres. Le 14 octobre, Libération annonçait le désistement du gouvernement Juppé. Parmi les grands déçus : Le professeur Peter Piot, dirigeant de l’ONUSIDA. « Jamais un pays ne s’était démis de façon aussi brutale et grossière ». Pourtant, l’OMS, géniteur d’ONUSIDA, avait co organisée le Sommet de Paris en 1994 avec la France. Le Monde avait décrit la Déclaration finale du Sommet comme un « pompeux catalogue de bonnes intentions » (10.11.95).
- Pour Jacques Lebas de Médecins du Monde, trois questions doivent devenir des priorités politiques pour élargir la lutte contre le sida à la lutte contre « l’exclusion » : (1) L’accès aux soins des résidents étrangers sans papiers, surtout depuis « l’extinction de l’ADMEF » ; (2) les « difficultés de la prise en charge des femmes africaines », surtout que le « système de dépistage a pris de l’avance sur celui des soins » et « ne tient pas en compte des situations familiales » ; et (3) les modalités pratiques pour la distribution et la prise en charge des coûts des antirétroviraux pour les plus démunis. (Colloque ARCAT-SIDA, 23 novembre 1995).
- « En 1985, alors que j’étais enceinte de mon cinquième enfant, j’étais venue à Paris. La poche des eaux s’est rompue dans la rue. On m’a amenée à l’hôpital Boucicaut. Ils m’ont fait une prise de sang. J’ai pensé que c’était la routine. Après l’accouchement, je suis rentrée chez moi, en grande banlieue, avec le bébé, Catherine. Dix jours plus tard, j’ai reçu un télégramme qui me disait d’appeler d’urgence l’hôpital. J’ai téléphoné mais on n’a rien voulu m’expliquer. J’y suis allée. Le pédiatre m’a dit qu’on devait me faire un prélèvement pour la toxoplasmose. J’ai eu des doutes. J’ai demandé à la sage-femme qui m’avait accouchée quel était l’examen qu’on m’avait fait. Elle m’a répondu que, dans cette maternité, ils [faisaient le test du VIH] à toutes les femmes d’origine haïtienne ou africaine. » (Estelle, Vous avez la parole, in : Remaides n° 16, 2e trimestre 1995)
- « En prison, si vous êtes malade le lundi, vous avez une chance pour voir le médecin le vendredi ». C’est un des 8 thèmes pour la nouvelle campagne française d’affichage d’AIDES, pour « pointer les lacunes et les décalages entre les déclarations, les bonnes intentions, et la réalité quotidienne autour de la prévention ». Grâce à la loi du 18 janvier 1994, les détenus sont désormais des assurés sociaux dès leur incarcération et les pouvoirs publics portent la responsabilité de leur santé. En outre, chaque prison doit passer convention avec un hôpital et des médecins « civils » gèrent, dorénavant, les soins courants comme les urgences. (Panorama du Médecin, 6 novembre 1995).
- Tomika Wright, veuve du rappeur Easy E, a donné naissance à une petite fille le 26 septembre 1995. Easy E, cofondateur du groupe NWA (Niggers With an Attitude), décédé du sida au mois de mars, avait révélé publiquement sa maladie, tout en précisant qu’il n’était « ni pédé ni camé ». Ni Tomika Wright ni sa fille ne sont séropositives (Washington Post, 28.9.95).
- Magic Johnson et Spike Lee ont rencontré le 1er décembre 1995 les élèves du Brooklyn Technical High School (LEP) pour discuter du sida et des rôles positifs pour les Africains Américains. Le dernier film de Lee, Clockers, a parmi ses principaux personnages un homme noir malade du sida, qui tient le rôle du méchant tueur. « Plus de 55 pour-cent des cas de sida frappent des people of color, a rappelé Lee. Nous devons marteler ce message ». Magic Johnson a précisé que ces « Cellules T n’ont pas changé : dures comme du béton ». Un tiers des Africains Américains croient fermement que le virus du sida a été créé en laboratoire pour anéantir le peuple noir alors qu’une proportion des Blancs est convaincue de l’origine « africaine » du même virus. (USA Today, 1.12.95)
- Le sida, « rite de passage » de la jeunesse américaine ? De nouvelles statistiques montrent qu’un jeune américain sur 92 serait infecté par le VIH. Elles indiquent la disproportion de l’infection au sein des communities of color : un jeune Africain Américain sur 33 et un Latino sur 60 auraient été séropositifs en 1993, d’après un nouveau rapport de la revue Science. Parmi les hommes blancs, un sur 139 serait infecté. La disproportion est encore plus large chez les femmes âgées entre 27 et 39 ans : 1 femme blanche sur 1667 serait infectée, alors qu’une femme noire sur 98. La proportion pour les Latinas serait d’une sur 222. Ces résultats contredisent l’optimisme sur la « stabilisation » de l’épidémie. (Philadelphia Inquirer, 24.11.95)
- Aucun lien n’existe entre la progression du VIH et le sexe, la « race », l’usage de drogues intraveineuses, le revenu, la scolarisation, ou la couverture sociale. Par ailleurs, il n’y a aucune différence en terme de survie entre hommes et femmes, Noirs et Blancs, usagers de drogues et non-usagers, ni entre personnes ayant un revenu annuel de plus ou moins de $5 000. Par contre, un niveau de CD4 entre 200 et 350, la présence de symptômes précoces, l’accès aux antirétroviraux, et l’âge sont parmi les facteurs qui ont un impact sur la progression de la maladie. Pour arriver à ses conclusions, une équipe de scientifiques a mesuré la progression de la maladie et la survie d’un groupe de plus de 1 300 individus séropositifs. (Chaisson et al., Race, sex, drug use and progression of HIV disease, New England Journal of Medicine, 333 (12) : 751)